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Législatives en tout genre…

Dimanche 11 et lundi 12 juin 2017

 

Sujets traités :

  1. Législatives au Royaume-Uni : la bonne surprise de Jeremy Corbyn
  2. Législatives en France : la « chambre introuvable » en vue

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1. Législatives au Royaume-Uni : la bonne surprise de Jeremy Corbyn

 

Les “anglais” ne font rien comme nous, c’est connu… Et, d’abord, ils votent en semaine quand nous, comme aujourd’hui, nous allons aux urnes le dimanche. Ensuite, ils n’élisent pas un monarque, comme nous, il en ont un, the Queen – qui est chef de l’État et, donc, ont un Premier ministre qui gouverne et dont la nomination dépend du résultat des élections législatives. Ensuite, et contrairement à nous, là aussi, ils ont un scrutin uninominal à un seul tour ce qui installe dans le paysage politique un bipartisme, les « petits partis » ne devant leur existence, le plus souvent, qu’à des contingences locales, leurs élus n’ayant d’autre espoir que de servir de force d’appoint à l’un des deux partis dominants que sont le parti conservateur (Conservative Party - CP) et le parti travailliste (Labour Party - LP).

Les électeurs du Royaume-Uni avaient donc ce jeudi rendez-vous pour des élections législatives anticipées convoquées à l’initiative de celle qui était premier ministre, Theresa May. Elle disposait alors d’une majorité absolue à la chambre des députés (chambre réputée « basse » par opposition à la chambre « haute » qu’est la chambre des Lords) et, suite au Brexit, a crû bon de risquer de remettre en cause cette majorité absolue, pensant, comme le lui assuraient les sondages, qu’elle ferait un malheur… Elle aurait dû se méfier : ces mêmes sondeurs ont, de ce côté de la Manche, un goût prononcé pour l’erreur, la dernière en date étant précisément sur le Brexit pour lequel ils avaient, à tort, pronostiqué la victoire du NON. Rebelote, donc, échec cuisant même puisque non content de ne pas consolider sa majorité, Theresa May la perd et largement. Grand vainqueur, relatif tout de même, le parti travailliste et son leader, Jeremy Corbyn, que nos médias n’ont eu de cesse de nous présenter comme le looser absolu, celui qui ferait disparaître le parti travailliste. À noter, au passage, que toutes ces gazettes censées faire l’opinion – Le Monde, Libération, etc. – se gardent bien de faire le moindre mea culpa et même de publier les résultats définitifs. Tout juste y trouve-t-on les résultats provisoires et uniquement en termes de sièges à la chambre… Il faut donc faire de gros efforts pour les trouver de façon exhaustive et aller sur le site de la BBC (voir ici)

 

 

Quelques commentaires sur ces résultats :

 

1. Sur une ligne très marquée à gauche, Jeremy Corbyn, avec ce résultat de 40 % des voix, s’installe enfin à la tête du parti travailliste. On se souvient que tout ce que ce parti comptait de contempteurs de la politique blairiste, très marquée à droite, ultra-libérale, lui contestait le leadership et espérait son échec. La campagne menée par Corbyn a renversé la tendance et tous ces contestataires, en particulier la majorité des élus sortants, sont priés désormais de se taire et de faire profil bas.

 

2. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre la ligne et la campagne de Jeremy Corbyn et celle défendue par Bernie Sanders aux USA, par Pablo Iglesias en Espagne ou, chez nous, par Jean-Luc Mélenchon. Tous ont en commun de remettre la question sociale au cœur de leur programme en proposant, peu ou prou, la même politique. Ce faisant, ils touchent massivement la jeunesse – alors que leurs leaders, hors Iglesias, sont plutôt âgés – et, par exemple, 60 % des 18-24 ans ont voté pour le parti travailliste britannique ce jeudi.

 

3. S’agissant de mode de scrutin, on ne saurait manquer d’observer qu’avec 42,4 % des voix le parti conservateur remporte 318 des 650 sièges soit 49 % des sièges à pourvoir quand, avec 40 % des voix, le parti travailliste en remporte 262, soit 40 %. En d’autres termes, le mode de scrutin par circonscription n’est pas le plus fidèle qui soit de la réalité électorale d’un pays. Dans le même ordre d’idée, on se souvient qu’Hillary Clinton a été défaite alors qu’elle est arrivée en tête avec plus de 2,5 millions de voix d’avance sur Donald Trump… et on ne manquera pas la semaine prochaine de faire le lien entre le nombre de suffrages obtenus par En Marche ! et son nombre de députés…

 

4. Le grand perdant de cette élection anglaise n’est pas tant le parti conservateur qui progresse de 5,5 points que UKIP, ce parti populiste frisant avec l’extrême-droite qui, suite au Brexit pour lequel il militait ardemment, s’effondre, passe de 12,6  % à 1,8 % et perd le seul député dont il disposait. On peut donc dire qu’à droite, c’est un rééquilibrage des forces et que UKIP paye son incapacité à faire face aux suites de sa victoire au Brexit, son leader, Nigel Farage, allant jusqu’à quitter la vie politique pour devenir animateur radio…

 

5. L’autre parti qui subit un revers, ce sont les nationalistes écossais du SNP qui, en passant de 4,7 % à 3 % perdent rien moins que 21 des 56 sièges dont ils disposaient à la chambre. Ce parti, bien sûr, n’a d’influence réelle qu’en Écosse et, bien évidemment, ce résultat est le fruit de l’évolution du rapport de force au sein même de l’Écosse. Il ne va donc pas de soi que sa demande d’un nouveau référendum d’indépendance soit à nouveau à l’ordre du jour, hard brexit ou pas…

 

6. En cette veille de résultats d’élections législatives dans notre pays, on ne manquera pas de signaler que les législatives anglaises ont connu un taux de participation de 68,7 % quand chez nous, avec ces législatives qui font suite à la présidentielle, nombre d’instituts de sondages nous prédisent un taux très largement inférieur.

 

7. Dernier point, s’agissant de l’avenir politique du Royaume-Uni, Theresa May, forte de sa première place, s’est vu confier par la Reine le soin de tenter de constituer une majorité pour gouverner et, à cette fin, a laissé entendre qu’elle la trouverait en s’alliant au parti unioniste irlandais (Democratic Unionist Party – DUP) dont le caractère très réactionnaire fait fuir nombre de conservateurs grand teint. C’est, en effet, le « parti protestant » de feu le révérend Ian Richard Kyle Paisley, baron Bannside, de sinistre mémoire, un leader et un parti aux côtés desquels, par bien des aspects, Marine Le Pen et son Front National feraient figure de grands « progressistes »…

 

8. Enfin, que dire des commentaires faits de ce côté de la Manche quant à ces résultats ? Nullissime, as usual, ne spéculant que sur la suite qui sera donnée aux négociations avec l’Europe, expliquant que la « défaite » de Theresa May serait un obstacle de plus à ces négociations, passant quasiment sous silence la grande révolte sociale que traduit la « victoire » de Jeremy Corbyn et de son parti, bref, passant à côté de l’essentiel. On comprend mieux cette « nullité » si l’on se convainc que l’ensemble de ces organes de presse est devenu une presse militante, européiste libérale, n’ayant pour seul souci en cette période que de nous vendre Emmanuel Macron et sa politique qu’ils ont promus comme rarement auparavant, y compris aux pires temps du gaullisme d’avant 68. C’est peu dire que si cette presse doit servir de boussole, c’est en étant bien convaincu qu’elle indique le sud…

 

2. Législatives en France : la « chambre introuvable » en vue

 

Les résultats du 1er tour ne sont pas encore connus que déjà l’ensemble des instituts de sondages nous prédit une « chambre introuvable », un « raz-de-marée » En Marche !, une large majorité voire une majorité absolue pour cette officine. Une chose est sûre, ce qui s’est fait jour durant la semaine quant à la politique qu’entend mener Emmanuel Macron avec cette majorité est rien moins qu’inquiétante. Deux sujets émergent à ce propos : la « loi travail » dont le journal Le Parisien a, lundi dernier, publié d’inquiétants détails issus d’un document de travail interne au ministère en charge. La ministre, Muriel Pénicaud, que les médias complaisants aiment tant nous présenter comme « venant de la société civile », ex-DRH de Dassault Systèmes puis du groupe multinational Danone, se croit obligée, suite à cette publication, de nier la validité du document et, faute de convaincre, se voit d’ores et déjà réduite à attaquer en justice Libération au motif que ce journal aurait usé de « documents confidentiels ». On croit rêver… (pour plus de détails sur la biographie de la ministre, voir ici). Nous aurons largement l’occasion de revenir sur ces mesures dont on peut néanmoins et d’emblée rappeler qu’il est prévu de les faire adopter « par ordonnances », c’est-à-dire sans que le parlement que nous sommes en train d’élire ne puisse y changer une ligne. Qu’il puisse se trouver une majorité de députés pour consentir à un tel aveu d’impuissance est déjà, en soi, consternant… Le second sujet n’est pas de moindre importance puisqu’il s’agit d’adopter de nouvelles lois anti-terroristes visant à intégrer dans la loi commune les lois d’exception liées à l’État d’urgence. En d’autres termes, cela revient à confier à l’administration le soin de gérer les libertés publiques telles les assignations à résidence et les perquisitions de jour comme de nuit. Ce qui frappe c’est que de loi en loi, et alors que le Patriot act de George Bush avait légitimement soulevé l’indignation dans notre pays, on s’en rapproche très sérieusement voire, sur certains sujets, on fait pire puisqu’il est prévu de permettre à l’autorité administrative d’échapper « au juge », y compris dans des domaines où déjà celui-ci peut déjà agir dans le sens voulu. Les associations de défense des droits de l’Homme, des syndicats de magistrats sont déjà vent debout sur ce texte. On lira ici l’analyse qu’en fait le syndicat de la magistrature. Quand on pense que, dans le cadre de l’État d’urgence qui prévaut actuellement, ce sont essentiellement des militants écologistes qui ont été visées par ces mesures lors de la COP21 ! Dans un autre registre, sur une autre « population », l’État s’est vu récemment condamné par le Conseil d’État pour abus de pouvoir. Au voisinage des locaux de Charlie-Hebdo Halim, habitant de Vitry-sur-Seine, a en effet eu le malheur d’appeler sa mère en mode haut-parleur, laissant à penser à la maréchaussée qu’il prenait des photos. Il fut donc, à cause de cela, fiché S estampillé « islamiste radical » et assigné à résidence ! Il eut eu un air de “gaulois” que nul ne se serait inquiété qu’il fît quoi que ce soit de son téléphone, y compris des photos… Le Conseil d’État n’a pas crû bon de retenir le délit de faciès qui est à la base de cette affaire mais a néanmoins jugé que le ministère de l’intérieur s’était rendu coupable d'une « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir » et a accordé 1 500 € d’indemnités à la victime. On se souvient aussi de la façon dont Bernard Cazeneuve a crû bon de limiter le droit de manifester au printemps dernier et quel usage fut fait des forces de l’ordre durant toute cette période. Bref, tout ça ne sent pas bon du tout et, comme par hasard, durant ces quinze jours de campagne, dans nos médias de cour, on ne dit rien de tout cela. On se contente de se pâmer devant le « sans faute d’Emmanuel Macron » ou de parler de tout autre chose, comme si ces législatives n’avaient aucun intérêt, aucun enjeu. France inter est même allé jusqu’à consacrer son « téléphone sonne » au 50ème anniversaire d’un disque des Beatles, événement considérable s’il en est !

 

Quant à la munificence du mouvement d’Emmanuel Macron et de ses alliés Modem, la pointe émergée de l’iceberg commence à se montrer. L’affaire Richard Ferrand continue, certains candidats estampillés La République en Marche ! (LRM) ont déjà leur lot de casseroles et s’agissant de l’allié Modem, ainsi que le dénonçait opportunément le Front national, il semble bien que les attachés parlementaires européens des élus Modem n’aient eu, pour beaucoup, que fort peu à voir avec les travaux du Parlement. Ainsi a-t-on pu entendre de l’assistant parlementaire de Jean-Luc Bennhamias (ex-écolo passé sous couleur orange lors des élections européennes), qu’il avait été rémunéré entre décembre 2010 et novembre 2011, d'une part par le parti, d'autre part par l'Association pour une Europe citoyenne présidée par Jean-Luc Bennahmias, sans avoir jamais travaillé pour ce dernier en particulier ni pour l’association mais uniquement pour le siège du parti. La désormais candidate En Marche !, Corinne Lepage, a confirmé qu’effectivement il lui avait été demandé en son temps de députée européenne Modem de salarier un employé pour le parti. En clair, et sans trop de surprise, le FN n’est pas le seul du genre à se servir de ses mandats européens pour salarier des militants. Comble du comble, l’actuel Garde des Sceaux, François Bayrou, est allé jusqu’à menacer des journalistes qui s’aventureraient à trop parler de cette affaire. Pour quelqu’un qui, par ailleurs, est en charge de nous concocter une merveilleuse loi de moralisation de la vie politique, ça fait désordre et ça promet !

 

Bref, il est à craindre que sur ces sujets et tant d’autres, les Français ne se réveillent avec « la gueule de bois ». Le changement promis avec l’arrivée au pouvoir du héros de la banque Rothschild et des milieux financiers va très vite, très très vite, ressembler à ce qu’il est au fond : un pouvoir qui ne peut ontologiquement être différent de ceux qui l’ont précédé. Son élection n’aura tenu qu’à un « alignement des astres » tenant au discrédit du PS et du candidat LR, François Fillon. Dès lors, la « chambre introuvable » que s’apprêtent à élire les Français ne sera qu’apparence, ectoplasme sans poids réel dans le pays. Il ne faudra pas longtemps pour que la politique menée apparaisse pour ce qu’elle est, un politique au service des très puissants de ce pays. Les retraités, en tout cas tous ceux qui gagnent plus de 1 200 €/mois (60 % des retraités) apprécieront peu de voir leur retraite baisser de 1,7 % pour un risque chômage qu’ils n’ont, par définition, pas à connaître.

 

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Les lignes qui précèdent ayant été écrites avant de connaître les résultats, l’heure est venue maintenant de commenter ces derniers en ce lundi matin…

 

1. Ce qui frappe tout d’abord, c’est bien sûr le taux d’abstention : 51,3 % et même 53,5 % si l’on compte les Blancs & Nuls ! Si l’on a en tête, de surcroît, que plus de 9 millions de Français en âge de voter ne sont pas inscrits sur les listes électorales, on mesure combien cette « chambre introuvable » est dénuée de réelle représentativité de la population de ce pays. La Vème République est à bout de souffle et seules les autruches et ceux qui font profession de mener sa politique peuvent l’ignorer et se féliciter de cet état de choses. On comprend bien que le pouvoir en place fera comme tous ceux qui l’ont précédé : ignorer le phénomène, le minimiser au nom du principe bien connu du « qui ne dit rien, consent » mais il pourra difficilement s’étonner ensuite que « le projet » du Président ait quelque difficulté à passer dès lors que dans la réalité seuls les mieux informés, les « cadres sup », les « lettrés », les mieux lotis savent, en gros, de quoi il retourne. Deux tiers des ouvriers, plus de 60 % des 18-24 ans ne sont pas allés voter ce dimanche, voilà une réalité sociologique qu’il est difficile d’ignorer. De sorte qu’un certain nombre d’observateurs font judicieusement le parallèle avec le vote censitaire qu’a un moment connu la République au XIXème siècle. Si l’on veut bien entendre, en effet et comme le montrent toutes les enquêtes sociologiques, que la participation à ce scrutin est proportionnelle au niveau social, c’est bien pour l’essentiel une France bourgeoise qui a voté ce dimanche.

 

 

2. Les résultats de dimanche prochain ne laissent guère de doute autre qu’individuel quant à l’issue : tel ou tel réussira-t-il à se faire élire dès lors qu’il n’est pas étiqueté LRM (La République en Marche) ? Une chose est sure : la chambre, plus que jamais sous la Vème, est sans aucun lien avec les résultats obtenus par les différentes composantes politiques du pays. LRM, avec à peine plus de 31 % des suffrages exprimés (autrement dit à peine plus que 15 % des inscrits – voir ci-dessus) va disposer de plus de 75 % des sièges dans la future assemblée. Un tel hiatus est évidemment une faiblesse congénitale car qui, dès lors, portera le moindre intérêt à ce qui se dit et se fait dans cette assemblée ? Un parti comme le Front national, dont on a le droit de détester les propositions politiques mais dont la candidate à la présidentielle a fait plus de 7,7 millions de voix au 1er tour et plus de 11 millions au second aura une poignée de députés et, en tout état de cause, ne pourra pas constituer de groupe parlementaire (minimum 15 députés), autrement dit bénéficiera d’un temps de parole ridicule et d’aucun moyen réel de jouer son rôle. Encore une fois, on peut légitimement détester ce parti, ce qu’il propose, ce qu’il représente et trouver parfaitement anormal un tel état de fait. La remarque vaut, dans une moindre mesure, pour la France Insoumise et le PCF puisqu’avec plus de 7 millions de suffrages qui se sont portés sur le nom de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, il n’est même pas sûr qu’au soir du 18 juin il se trouve 15 parlementaires lui permettant de constituer un groupe. En regard, est-il besoin de rappeler qu’Emmanuel Macron a obtenu, sur son nom – et quelles que soient les ambigüités qui ont pu présider à ce résultat – à peine plus de 8,6 millions de suffrages, en foi de quoi il disposera de plus de trois quarts des sièges à l’Assemblée nationale. De telles disparités, répétons-le, sont en fait le plus sûr moyen de trouver dans la rue la seule opposition possible. Et vu la politique qu’entend mener Emmanuel Macron et les intérêts qui le portent, nul doute que des catégories sociales entières auront à se faire entendre et le feront dans la rue. Ajoutons que, dès lors que, comme Sarkozy et Hollande avant lui, l’impopularité se répandra, que se dissiperont les vapeurs de l’unanimisme actuel, que s’affirmera la rigueur et ses effets, le hiatus entre cette chambre et le pays réel n’en sera que plus flagrant.

 

3. Au rayon « politique politicienne », deux questions se posent « à droite et au centre ». À droite, d’abord, quelle utilité, quelle raison d’être pour les « macron-compatibles » dont le 1er ministre actuel est l’emblème ? À part, bien sûr, de les « mouiller » encore davantage. La question se pose à peu près dans les mêmes termes pour François Bayrou et ses amis du Modem puisqu’en termes de sièges à l’assemblée LRM va pouvoir se passer des élus Modem… En tout état de cause, vu ce que les uns et les autres défendent, on n’est pas là dans la divergence politique mais au rayon des « combines » sans grand intérêt… Dans ce camp aussi, le « dégagisme » règne. NKM assurée, a priori, d’être élue dans un fauteuil dans la circonscription éternellement à droite laissée par François Fillon à Paris est en passe d’être battue. Avec elle, tant d’autres, d’orientations politiques différentes, « macron-compatibles » ou pas. On goûtera quand même la réaction de Henri Guaino au soir de son élimination. C’est un grand moment de franchise, ne le manquez pas, ce n’est pas tous les jours qu’on entend un candidat dire de ses électeurs qu’ils sont « à vomir » ! C’est ici, c'est un régal !

 

4. À gauche, le pari de Jean-Luc Mélenchon est en passe de devenir réalité en ce que le PS est à ce point affaibli à l’issue de ce scrutin qu’on voit mal comment il pourrait s’en relever. Après des élections intermédiaires déjà très problématiques (municipales, régionales), ses bastions historiques tel le Nord Pas-de-Calais ou le Sud-Est marseillais sont dévastés. Partout, c’est la Berezina. Passe encore que son candidat à la présidentielle, Benoît Hamon, se voit recalé au 1er tour mais le discrédit, le « dégagisme », touche toutes ses tendances. Les seuls à espérer sauver leur peau sont précisément ceux qui, soit se sont ralliés à LRM d’emblée tels Richard Ferrand, Gérard Colomb, soit ont eu droit à sa mansuétude en ce que LRM n’a présenté aucun candidat en face d’eux telle Marie-Sol Touraine. Ne boudons pas notre plaisir : voir Jean-Christophe Cambadélis, Élisabeth Guigou, Najat Valaud-Belkacem et bien d’autres du même acabit se prendre une raclée n’est pas la moindre des satisfactions que ce scrutin aura permis… Et qu’avec eux disparaissent autant de ces pseudo hommes et femmes prétendument de gauche, n’ayant pour seul guide que la trahison de ceux qu’ils sont censés représenter ne nous fera qu’apprécier le « dégagisme » de la période. Seul regret, certains des haïssables tel Le Foll, El Khomri ou Valls, protégés par Emmanuel Macron, risquent de ce seul fait de s’en sortir. Rien n’est encore joué pour eux, le 2ème tour de dimanche prochain aura sans doute pour intérêt principal de savoir s’ils s’en sortent. On croise les doigts pour qu’ils disparaissent…

 

Pour en revenir à la gauche, la vraie, nombreux sont ceux qui ont déploré les conditions mises par le PCF à un accord en bonne et due forme avec la France Insoumise. Il a fait le choix de présenter 525 candidats pour un bénéfice quand même très minime puisqu’il est crédité de 3 % des voix. La France Insoumise devra quand même, par delà cet aléa des alliances avec tel ou tel, se demander pourquoi elle est incapable de mobiliser aux législatives, pourquoi après avoir obtenu plus de 7 millions de voix à la présidentielle elle n’en retrouve qu’à peine plus de 3 millions lors de ce scrutin. À titre de comparaison, rappelons qu’Emmanuel Macron a fait 8,6 millions de voix à la présidentielle et que LRM totalise, avec le Modem, 7,3 millions de voix… On pourra se consoler en se disant qu’il se trouve des candidats qui tirent leur épingle du jeu, tel Jean-Luc Mélenchon lui-même qui arrive largement en tête dans la 4ème circonscription de Marseille avec 34 % des voix devant la candidate LRM, aixoise représentante du MEDEF, qui en fait 22. De la même façon, et dans une moindre mesure, on se félicitera des résultats de François Ruffin à Amiens, d’Alexis Corbières à Montreuil et de quelques autres figures emblématiques de La France Insoumise telles Raquel Garrido, Danielle Simonnet ou Charlotte Girard. Mais, comme on le dit souvent, « une hirondelle ne fait pas le printemps »…

 

5. Quant au FN, lui aussi subit de plein fouet la vague abstentionniste socialement marquée en sorte qu’il sort de ces législatives avec moins de voix qu’en 2012 (3 528 663 – 13,6 % en 2012, 2 974 635 13,13 % aujourd’hui) sans parler des 6,4 millions de voix de Marine Le Pen au 1er tour de la présidentielle, sans parler des 10,6 millions au 2nd tour… En dehors de la cheftaine qui fait un malheur (plus de 46 %) dans sa circonscription de Hénin-Beaumont, les autres figures du F N sont à la peine. Florian Philippot va très probablement être battu dimanche prochain dans sa 6ème circonscription de la Moselle avec un maigre 23,8 % des voix au 1er tour. Il en va de même de nombre de caciques du parti et le FN craint, à juste titre, de n’envoyer qu’une poignée de députés à l’assemblée dimanche prochain, à peine plus que dans la précédente législature. Le souci pour ce parti, derrière cette rude épreuve, sera de faire le bilan de la séquence électorale et nul doute que des révisions déchirantes sont à l’ordre du jour, que les poignards sortiront des manches, que des têtes vont tomber. La Présidente, en outre auréolée de sa victoire dans le Pas-de-Calais, sera certes intouchable mais il est est clair que la « ligne Philippot » va être soumise à rude épreuve au prochain congrès.

 

6. Un mot pour conclure de l’armada qui se prépare à entrer au Palais Bourbon. Outre son caractère pléthorique, on va rapidement s’apercevoir que la « société civile » censée « rénover le vie politique » va ressembler trait pour trait aux armées de « godillots » des législatures passées. On pourra certes faire de belles photos de la tenue extravagante du mathématicien Cédric Villani, goûter ici et là quelques figures originales telle la torrera Marie Sara qui fait face, en ballotage favorable, à Gilbert Collard du FN dans la 2ème circonscription du Gard mais, pour l’essentiel, c’est une armée de cadres sup, de C++, d’HEC, Science Po, Grandes Écoles peu en phase avec ce qu’a à subir la population réelle de ce pays. Comme, en outre, la politique menée par Emmanuel Macron ne peut qu’aller à l’encontre des aspirations de la grande majorité de la population, comme elle ne peut même qu’aggraver ce que deux quinquennats successifs ont déjà entrepris, les lendemains risquent d’être douloureux. Et, bien sûr, comme il sied à un député de la majorité sous la Vème République, ils seront priés de se souvenir qu’ils ne doivent leur place au parlement que par la seule volonté du Prince, de « Jupiter ». Autant dire que, si tant est qu’ils aient une quelconque idée originale et un brin sociale, dès lors qu’une telle idée sortira donc du « cercle de la raison » cher à Alain Minc, elle aura tôt fait de disparaître et son promoteur prié de se faire discret, discipline oblige. Bref, tout ce petit monde qu’on nous présente comme nouveau va apprendre très vite à se taire. Il commencera d’ailleurs de le faire dès le début de la législature avec les ordonnances sur la loi travail cet été et en septembre. Il leur sera demandé de dire oui, rien d’autre, et ils le feront, tous gentils et disciplinés qu’ils sont et, pour nombre d’entre eux, si étrangers au x termes de ce débat qui ne les concerne en rien. Un bon début, non ?

 

 

@ suivre…

 



12/06/2017
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