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Début de la fin ou sursaut printanier ?

Dimanche 10 mars 2019

 

  1. Gilets jaunes, on continue… jusqu’à quand ?
  2. Élections européennes, dans l’indifférence générale…
  3. Algérie, Venezuela…

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  1. Gilets jaunes, on continue… jusqu’à quand ?

Les « actes » continuent, le XVIIème  venant de se dérouler ce samedi 9 mars avec des mobilisations en baisse. Les médias, bien sûr, applaudissent, mettent en avant le recul de sympathie que ce mouvement recueille auprès de la population et Emmanuel Macron continue sa tournée dans le cadre du « Grand débat national », lui permettant de faire campagne aux frais de la princesse sans qu’une quelconque autorité « indépendante » n’y trouve à redire. La routine, quoi…

 

 

Du côté des Gilets jaunes, en effet, point la lassitude. Les « violences » se font nettement plus rares même si, ici et là, on peut apprécier à quel point les « forces de l’ordre » se lâchent dans une impunité qui ne se dément pas. Les ronds-points ont tous été évacués, la répression a été historique au point que des instances internationales s’en sont émues. Ainsi du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU présidée par Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili de 2006 à 2010 et peu remarquée jusqu’alors par un extrémisme échevelé, qui, par la voix des experts qui la secondent, dénonce l’interdiction administrative de manifester que viennent de voter les députés et encourage la France à repenser ses politiques en matière de maintien de l’ordre (voir ici) ou bien encore cette résolution, votée par les députés européens, qui dénonce « le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques » (voir ici). Bien évidemment, le pouvoir ignore ces mises en garde, s’offusque même, la France n’est-elle pas réputée être un « État de droit » et la « Patrie des Droits de l’Homme » ?…

 

Le mouvement des Gilets jaunes est donc en attente d’un « rebond ». L’acte XVIII réputé se dérouler samedi prochain 16 mars pourrait en être l’occasion avec un appel à « monter à Paris ». Une chose semble se confirmer, le mouvement ne s’étend pas et la jonction avec le « mouvement social », quelle que soit l’ardeur des bonnes volontés exprimées en ce sens, ne trouve guère de traduction sur le terrain. Des luttes sectorielles se mènent, les fonctionnaires ici avec la remise en cause de leur statut, les personnels de EPHAD là, mais chacune de ces luttes reste circonscrite. Les Gilets jaunes, peu instruits de la faiblesse des syndicats que, pour beaucoup, ils n’ont jamais fréquentés ou même croisés, veulent croire que ce serait là la faute des centrales syndicales qui, dans une tradition collaborationniste, se refuseraient à organiser la « convergence des luttes ». La réalité, hélas, est qu’elles sont depuis déjà longtemps dans un état de faiblesse chronique et qu’en outre leurs adhérents même se refusent à suivre les mots d’ordre qui leur sont adressés. C’est là le résultats de dizaines d’années de défaites successives et d’intériorisation de l’inutilité des grèves. Autre faiblesse du mouvement des Gilets jaunes, la lenteur avec laquelle il s’organise voire son refus ontologique de le faire. Tout juste consent-il, et encore pas partout et avec réticence, à se donner des porte-paroles qu’il s’empresse le plus souvent de contester sitôt désignés. Enfin, comment ne pas relever que le lien avec « la France des banlieues » est inexistant. Celle-ci se contente de regarder le mouvement avec sympathie mais se refuse à bouger de concert. Quand elle bouge, et ce fut le cas cette semaine à Grenoble suite à la mort de deux jeunes poursuivis par la police, c’est pour faire une « marche blanche » et, accessoirement, brûler quelques voitures…

 

Le pouvoir peut donc espérer que ce mouvement va s’éteindre, d’actes en actes, jusqu’à disparaître totalement sans qu’il lui en coûte et même mieux, par la rigueur avec laquelle il l’aura traité, se voir sanctifié dans les urnes en mai prochain en récupérant les voix du « parti de l’ordre », en devenant, de fait, le parti de droite du pays. Le « Grand débat national » arrive à son terme. En de nombreux endroits du territoire il aura réuni les plus âgés. Les conclusions de ce grand débat sont écrites d’avance sans qu’il soit possible de vérifier leur adéquation avec ce qui se sera dit dans les réunions. Le seul risque, s’il en est un, et il n’est pas impossible qu’il existe, c’est que la distance entre les propositions qui en sortiront et ce pourquoi il a été initié soit trop forte, donnant raison après coup à tous ceux qui, dès le début, ont crié à l’entourloupe, à l’enfumage. Qu’importe, il aura permis de laisser du temps au temps, il aura permis au pouvoir de se dégager de l’impasse. N’était-ce pas là son seul but ?

 

On peut évidemment trouver tout cela quelque peu démoralisant et espérer être démenti. L’Histoire n’est pas écrite, dit-on. C’est vrai et si, comme nous le suggérons plus haut, le mouvement des Gilets jaunes est défait, il reste que la prise de conscience qui s’est faite dans cette « France invisible » laissera des traces. Des pans entiers de ce que les sociologues appellent « les classes moyennes inférieures » se sont réveillés, ont redécouvert la politique. Oh, certes pas, la politique politicienne, celle des partis, des élections, etc. Non, la seule politique qui vaille, celle où des masses se remettent en mouvement, réfléchissent à leur avenir, celui de leurs enfants, à la domination qui les écrase, aux gouvernants qui les méprisent, la politique qui conduit, de question en question, à tout remettre en question. C’est ce qui s’est passé dans la « France des Gilets jaunes ». Alors, bien sûr, comme nous l’avons écrit plus haut, ce n’est pas toute la France, ce n’est pas tout le peuple. Mais ce mouvement aura au moins eu le mérite de « refaire société », autrement d’avoir conduit des franges entières de la population qui avaient jusqu’alors disparu de renaître, de retrouver la fraternité et la fierté*.

 

* Le lecteur sera bien inspiré d’aller voir « J’veux du soleil » de François Ruffin et Gilles Perret. Il n’est pas impossible qu’il soit amené à verser quelque larme à cette occasion…

 

  1. Élections européennes, dans l’indifférence générale…

Pendant ce temps, les appareils politiques se mobilisent en vue de l’élection au parlement européen du 23 mai. Élection sans réel enjeu autre que de permettre aux commentateurs politiques de faire leur travail, de commenter les rapports de forces entre les uns et les autres… Cette élection, on le sait, ne mobilise que la fraction la plus éduquée et la plus prospère de la population. C’est donc un filtre extrêmement déformant de la situation politique réelle du pays. Tous nos politiciens le savent mais, dès lors que l’on se plie à y participer, il ne peut être question de l’avouer. La Macronie est évidemment à son affaire et tous les sondages qui sortent le confirment, cette élection risque fort d’être un succès pour elle. Son électorat étant ce qu’il est, la droite LR ayant choisi de dégager le centre qu’elle dominait jusqu’alors avec le RPR pour se porter plus à droite en espérant refaire le coup de Sarkozy sur les voix du FN, Emmanuel Macron fait campagne seul et quelle que soit la chèvre ou le chevreau qu’il désignera pour conduire sa liste, celle-ci fera un malheur dans les couches aisées de la population qui, comme chacun le sait, votent.

 

À « droite de la droite », au RN, Marine Le Pen reprend des couleurs. Son jeune tête de liste n’est pas totalement au point, mais qu’importe, le discours sur l’immigration servira de viatique sans qu’elle ait besoin d’expliquer sa position sur l’Europe, sur l’euro, etc. Les commentateurs politiques l’avaient enterrée, ils en seront pour leur frais. Tout laisse à penser que la liste RN arrivera en seconde position.

 

À gauche, le mode de scrutin étant ce qu’il est, c’est la division et, globalement, la grande faiblesse. La France Insoumise arrivera probablement en tête des listes « de gauche » mais ce sera avec un score que tout permet de prédire à un chiffre. C’est que, contrairement à la présidentielle où règne le « vote utile », pour ces élections à un seul tour et à la proportionnelle, chaque officine veut tenter sa chance. 3 % pour voir ses frais de campagne remboursés, 5 % pour avoir des députés, ça se tente. Les écologistes d’EELV conduits par Yannick Jadot, que par pur conformisme on se plaît à situer à gauche, peuvent espérer tirer leur épingle du jeu. Les sondages les donnent au coude-à-coude avec LFI. Le « bobo » écolo n’a en effet, contrairement à la présidentielle, nulle pression pour « voter utile ». Si, en 2017, Jean-Luc Mélenchon ayant fait force déclarations écologistes, il pouvait être envisageable de voter utilement et sans trop se dédire pour lui, ici rien de tel. Idem avec le PCF et ainsi de suite. S’agissant de ce dernier, les 5 % et même les 3 % sont loin d’être acquis. D’où les tentatives désespérées de ses dirigeants de chercher à faire alliance avec qui le voudra bien. Pas d’oukase, de négociation sur un quelconque programme, dans ce contexte seule une convergence d’intérêts bien compris est de rigueur. Benoît Hamon, Raphaël Gluckmann et d’autres probablement sont contactés. Le « microcosme parisien » de la Bellevilloise se réunit. On verra où tout cela mènera. Pas bien loin, probablement…

 

De sorte qu’au train où vont les choses, la gauche « façon puzzle » risque fort d’apparaître extrêmement faible et, ce, d’autant plus que les « couches populaires » se désintéressent totalement de ce scrutin. Tant la « France des banlieues » que celle des ronds-points va pointer aux abonnés absents. On peine à leur en vouloir tant il est clair que ces 79 députés qui iront siéger à Strasbourg n’ont aucun pouvoir réel. Comment espérer voir son sort changer avec de tels représentants ? Cette élection n’a d’européen que le nom. Ce sont, en fait, 27 scrutins nationaux destinés à envoyer, pour chacun d’eux, des représentants qui ne servent à rien et qui sont noyés dans un parlement qui ne décide de rien. Ceux qui rêvent d’une « nation européenne » en sont pour leurs frais. Ce scrutin en est la preuve la plus éclatante…

 

  1. Algérie, Venezuela…

 

L’Algérie est en émoi. N’étant pas parvenue à se mettre d’accord sur un candidat de consensus, la camarilla militaro-affairiste qui gouverne l’Algérie avait cru pouvoir reconduire l’existant en représentant Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat. Boutef, 81 ans au jus, malade, aphasique, résident suisse quasi permanent, « la momie » que l’on a pas entendue publiquement depuis 2013 ! Mal lui en a pris. Cette candidature « de trop » n’est pas passée. Les algériens, qui avaient consenti à ne pas emboiter le pas aux « printemps arabes » en 2010, attendaient cette élection pour leur permettre d’espérer et le pouvoir entendait les en priver. C’en était trop. Trop de mépris, trop d’injustice, ras-le-bol de devoir « tenir les murs » sans autre espoir que de devoir s’exiler. La peuple algérien a donc décidé de bouger, enfin ! Et, bien sûr, après tant d’années passées dans le confinement et le silence, il le fait d’autant plus bruyamment, d’autant plus massivement.

 

 

Elle est belle cette Algérie qui défile. Les femmes y tiennent un place considérable. Le voile y est quasi absent, en tout cas celui des islamistes. Elle est insolente comme elle l’est depuis des années sur les réseaux sociaux. L’humour y est féroce et on devine sans peine l’immensité des espoirs qui  s’expriment.

 

Alors, bien sûr, le pouvoir est à la peine. La police se montre plutôt bonne enfant. Il semble même que des scènes de fraternisation se soient déroulées et que des ordres de faire usage de la force n’aient pas été suivis. La « diaspora » algérienne est évidemment toute acquise au mouvement. Marseille vibre, la place d’Aix est couverte de slogans de couleur verte. Le pays entier, et pas seulement Alger, manifeste. Les responsables politiques au pouvoir se terrent. Ils avancent les vacances des universités pour les fermer et ainsi assécher le mouvement de protestation de cette jeunesse éduquée et volontiers frondeuse. La procédure électorale fait semblant de se poursuivre. Des candidats fantoches se déclarent et le rue se gausse. C’est un « printemps algérien » qui déferle. Nul ne sait ce qu’il en adviendra. Une chose est sure, les sangsues qui gouvernent de pays, qui se partagent la rente pétrolière ne se laisseront pas faire. Bien évidemment, ils tentent de jouer sur la corde « menace islamiste » mais le temps est passé. 1991, date de la guerre civile avec les GIA, c’est loin, très loin dans un pays où 45 % de la population a moins de 25 ans et 54 % moins de 30. Toute cette jeunesse, qui n’a connu la guerre civile que par ouï-dire, ne va pas laisser passer l’occasion qui se présente. En l’état actuel des choses, elle n’a aucun avenir. Elle est dos au mur. Ni elle, ni le pouvoir en place ne vont céder. Et, donc, sauf à ce que le pouvoir se désagrège, miné par ses querelles intestines et incapable de proposer des solutions ayant un début de crédibilité, il faut s’attendre à un affrontement. Dans cet affrontement, l’ALN, l’armée algérienne tiendra une place de choix. Selon qu’elle obéira ou pas au pouvoir, c’est-à-dire à ses chefs, l’Algérie connaîtra une libération, une nouvelle révolution ou, au contraire, une répression sanglante, une nouvelle guerre civile. Les semaines, les mois qui viennent devraient rapidement nous dire à quoi s’en tenir…

 

Au Venezuela, la tentative de faire entrer de force des convois « humanitaires, prélude à une invasion militaire, menée par Juan Guaidó, le président de l’Assemblée nationale et président auto-proclamé a fait long feu. Fort du soutien de son armée et d’une partie de la population, Nicolas Maduró a su les contenir. Dernier épisode en date, la pays est privé d’électricité dans la plupart des États, à commencer par la capitale elle-même, Caracas. Les « guaidistes », l’opposition, en tiennent pour l’incapacité du pouvoir à administrer le pays tandis que le pouvoir crie au complot nord-américain. Difficile de faire la part des choses tant les deux sont possibles… Une chose est sure, ce ne sont pas dans nos médias que nous saurons la vérité. Tout entiers acquis à l’opposition et donc en parfait alignement avec l’Oncle Sam, autrement dit sur Donald Trump et ses conseillers* va-t-en guerre, la presse mainstream a les yeux de Chimène pour Juan Guaidó et ses supporters, autrement dit pour les couches les plus aisées de la population, celles qui occupent les beaux quartiers de Caracas et qui tiennent l’ensemble de la presse du pays hors télévision et radio d’État.

 

* Mention spéciale pour l’un d’eux, Elliot Abrams (au centre ci-dessous) en charge de « rétablir la démocratie » au Venezuela par Donald Trump dont on peut retrouver le cursus ici.

 

 

Aux tenants d’un Venezuela dictatorial, signalons que le président auto-proclamé, Juan Guaidó, après son auto-proclamation et ses tentatives de rentrer de force au pays, après sa tournée sud-américaine visant à constituer une force d’intervention étrangère, a pu rentrer au pays sans être embastillé et manifeste en ce moment avec ses partisans dans Caracas… Il est, de par le monde, des dictatures plus féroces, non ?

 

@ suivre…

 



10/03/2019
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