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Un été chaud... pour Jupiter

Dimanche 2 septembre 2018

 

Sujets abordés :

  1. Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille
  2. Les leçons du Pont de Gênes
  3. Les grandes manœuvres électorales ont commencé

 

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  1. « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille » (Jacques Chirac)

En cette rentrée, on se souvient à peine que la France est championne du monde de football. Un événement chasse l’autre, c’est bien connu. L’effet soporifique escompté par le pouvoir n’a simplement pas eu lieu. L’affaire Benalla a fait la une du mois de juillet. Bien évidemment, et comme il fallait s’y attendre dans cette République française, la justice se hâte lentement en sorte que le nervi qui servait à la protection présidentielle a, certes, été prié de quitter l’Élysée mais rien de fâcheux ne lui est arrivé. Reste donc dans la mémoire collective cette image fâcheuse d’impunité et de cynisme des hommes de pouvoir, ce ministre de l’intérieur qui ne connaît officiellement rien du susdit Benalla, des témoins convoqués par la commission parlementaire du Sénat qui se parjurent sans qu’il en leur coûte. La routine...

 

Le mois d’août se passe donc dans une torpeur médiatique habituelle – les chars russes n’ont envahi aucun territoire, contrairement à 1968 – les hausses du mois d’août passent comme une lettre à la poste, etc. Emmanuel Macron, confortablement installé à Brégançon avec une piscine toute neuve reçoit Theresa May et fait quelques tours de jetski devant les photographes enamourés... Les français sont ainsi priés d’admirer la jeunesse présidentielle. Mais, disons-le, les français ont la tête ailleurs et, en dehors de quelques rombières en pamoison, tout ceci passe à peu près inaperçu.

 

 

Arrive donc la fin du mois d’août où l’on apprend que l’offensive macronienne à l’endroit des chasseurs prend forme : le permis, sésame indispensable à leur pratique « sportive », passe de 400 à 200 € et un certain nombre d’animaux voient leur quotas « adaptés ». En d’autres termes, des barrières sautent et l’on pourra en tuer davantage... C’est là sans doute qu’il faut trouver la raison qui pousse les responsables politiques de France inter à inviter Nicolas Hulot pour « le grand entretien » de leur matinale sur le mode « alors, M. le ministre, vous la trouvez comment la couleuvre ? ». Et, là, surprise, Nicolas Hulot annonce très rapidement qu’il a décidé de démissionner. Il a beau assortir sa déclaration de propos lénifiants à l’endroit des ministres, du premier d’entre eux et du Président, nul ne s’y trompe, le reste est un réquisitoire sévère de l’action du gouvernement en matière écologique. Il dit à peu près clairement qu’il s’est trompé, que le gouvernement est dans la main des lobbys et, qu’au fond, il ne sert à rien.

 

 

On apprend à l’occasion qu’il a pris sa décision le matin même, sans en avoir préalablement parlé au premier ministre. Des membres éminents de la rédaction de France inter assurent même qu’il leur aurait dit, après coup, dans les couloirs, qu’il avait pris sa décision en séance. On peine à croire que Nicolas Hulot n’ait pas mûrement réfléchi en amont. En fait, comme nous le disions ici il y a six mois de cela, la question n’était pas de savoir si Nicolas Hulot partirait mais quand. La plupart de ses combats ont été perdus par « arbitrage défavorable » du premier ministre, en réalité d’Emmanuel Macron. Les glyphosates, la réforme de l’agriculture, etc. Le cadeau fait aux chasseurs a-t-il été la couleuvre de trop ? Ou bien, instruits des projets qu’a le pouvoir en matière de nucléaire, à savoir la construction de six EPR de plus, Nicolas Hulot a-t-il compris que, décidément, quel que soit le dossier à venir, il en serait réduit à se taire et, donc, à consentir ?

En tout état de cause, on notera que, quoique « ministre d’État » disposant de la possibilité de s’exprimer sur tous les sujets, il n’en a non seulement pas abusé mais même pas usé. Pas un mot sur la réforme du code du travail. Pas un mot sur la réforme de la SNCF alors que, pourtant, il y aurait eu à dire du point de vue de l’écologie qu’il prétend défendre. Non, Nicolas Hulot a choisi de se taire sur tous les problèmes sociaux et on ne peut pas dire qu’on l’ait beaucoup entendu lorsque les arbitrages rendus lui étaient défavorables. Bref, Nicolas Hulot va passer à la postérité comme le cocu de l’affaire. Et, dans ce pays, il est de coutume de rire des cocus, rarement de les plaindre...

 

Reste donc que, pour Emmanuel Macron, c’est là un rude coup. Nicolas Hulot était en effet une « prise de choix », de celles qu’affectionnent tous les pouvoirs pour montrer leur « ouverture ». Dans un contexte de baisse dans les sondages d’opinion, le départ de Nicolas Hulot ressemble à s’y méprendre à la façon dont François Hollande s’est au fil des mois effondré, la nomination de Manuel Valls à Matignon et le départ d’Arnaud Montebourg signant le rétrécissement de la base politique du pouvoir en place.

 

 

 

Alors, bien sûr, dans ce pays, on peut ne disposer que d’une faible popularité, d’une faible assise électorale et gouverner comme si de rien n’était. Le projet de loi de finances 2019, dont on commence à cerner les contours, s’annonce sous le signe de l’austérité budgétaire. La croissance est en berne et la loi d’airain des 3 % sert de guide. Les fonctionnaires, sans surprise, verront reconduit le « gel du point d’indice » et les retraités, dont on a ponctionné la pension de 1,7 % avec l’augmentation de la CSG, viennent d’apprendre que, contrairement à ce qui prévalait jusqu’alors, leur pension ne serait pas revalorisée à hauteur de l’inflation. Autrement dit, que leur pouvoir d’achat ira s’érodant au fil du temps. En d’autres termes, pour ces deux seules catégories, c’est soupe à la grimace. Le pouvoir affiche toujours l’ambition de supprimer 100 000 postes de fonctionnaires d’ici la fin du quinquennat et la Santé, comme d’autres secteurs, va être priée de faire de nouvelles économies. Autre secteur touché : la diplomatie. Là aussi, on est priés de faire mieux avec moins... Quand on sait que, déjà, certains fonctionnaires en poste à l’étranger sont priés d’acheter par eux-mêmes le papier et les toners pour éditer les documents indispensables à la réalisation de leur travail, on se pince. Mais, parole de techno, il va falloir gérer les ambassades « comme des entreprises »... (déclaration du premier ministre à la réunion de rentrée des ambassadeurs).

Autre affaire qui a retenu l’attention : Emmanuel Macron, à l’occasion d’une petite virée au Danemark, a cru bon de s’exprimer sur les français : « Ce qui est possible ici est lié à une culture (...) Et ce peuple luthérien qui a vécu les transformations des dernières décennies n’est pas exactement le Gaulois, réfractaire au changement. » Tollé dans les médias et sur les réseaux sociaux. Et Christophe Castaner, en rameur distingué préposé à la défense de son héros, d’expliquer qu’il s’agissait là d’humour... C’est Philippe Martinez, le Secrétaire général de la CGT, qui mettra le doigt sur un fait passé inaperçu, faute d’avoir écouté dans son intégralité l’intervention d’Emmanuel Macron, c’est que la « petite phrase » sur les Gaulois venait en conclusion d’un regret du président : en France, on ne peut pas licencier un salarié par SMS. On ne sait si c’est possible au Danemark mais, une chose est sure, il est heureux qu’il en aille (encore) ainsi chez nous...

 

Alors, bien sûr, suite à la démission de Nicolas Hulot, le « tout Paris » cherche à savoir par qui il sera remplacé et, accessoirement si, à l’occasion, on n'assistera pas à un plus large remaniement. Il se dit que la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, plombée par son affaire d’extension des locaux d’Actes Sud sans autorisation des Monuments historiques, serait sur la sellette. Muriel Pénicaud serait également concernée. Ses petites affaires avec Business France remontent à la surface et risquent de la conduire à la mise en examen. Quant au sénile de service, le ministre de l’intérieur, est-il bien habile de le garder ? Et, s'agissant du poste de l’Hôtel de Roquelaure, sur le Boulevard St-Germain, autrement dit celui de l’écologie, des noms circulent... Pascal Canfin, directeur général de WWF France a déjà décliné la proposition. Il se dit que « Dany », ex « Dany le rouge », autrement dit le très macroniste Daniel Cohn-Bendit serait sur les rangs... Le suspense est donc intense. Disons-le franchement, qui que soit le nouvel titulaire du maroquin, les français ont bien compris que ce ministre n’avait aucun pouvoir. Nicolas Hulot, après bien d’autres, en a fait la démonstration. CQFD, comme disent les matheux...

 

Et puis, après tous ces déboires, ces incertitudes, après avoir dénoncé tous ces “gaulois” rétifs à la réforme, tuile supplémentaire : le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu (IRPP). On ne sait pas très bien si c’est le risque de voir la mesure devenir un cauchemar informatique de type Louvois, le logiciel de paye des militaires qui a dû être abandonné ou si, au plus bas dans les sondages, Emmanuel Macron craint que l’affichage d’une perte de montant net sur la fiche de paye fasse baisser encore un peu plus sa cote de popularité. Toujours est-il que, manifestement, en cette rentrée, et alors que la mesure doit entrer en vigueur au 1er janvier prochain, le pouvoir tend à différer voire à annuler la mesure. Sur la première cause possible de ce renoncement, après que Marianne eut publié le 10 août une couv’ édifiante – Impôts Le Grand bordel – c’est au tour du Parisien de ce dimanche de publier un rapport confidentiel de la DGFiP, direction générales des finances publiques, faisant état de tests catastrophiques montrant un risque de centaines de milliers d’erreurs possibles. Le comble, c’est que les tests pratiqués sont tantôt parfaits, tantôt catastrophiques. Autrement dit que, même si tout se passe bien en janvier, rien ne dit que février ne sera pas une Berezina. On parle dans ce rapport « d’effet de marée noire », autrement dit de voir le fisc obligé de rembourser des centaines de milliers de personnes. Autant dire que, par effet de proximité, ce sont des millions de français qui auront qui un membre de la famille, qui un collègue, touché par les erreurs. Et si dans ce pays, l’armée est souvent qualifiée de « Grande muette », de sorte que les erreurs de Louvois eurent bien du mal à être connues du grand public, il n’en ira pas de même du « gaulois » moyen qui ne manquera pas de s’épancher sur l’épaule de qui voudra l’entendre. En outre, les suppressions de poste dans les services fiscaux toutes ces dernières années, faites au nom de la « rationalisation », font que, sauf à rembourser systématiquement qui le demandera, les services seront dans l’incapacité de vérifier en un temps raisonnable, chaque erreur devant être analysée avant que ne soit rendu l’argent indûment prélevé. Le risque est donc grand de voir une mesure purement technique devenir une affaire nationale dans laquelle le pouvoir a tout à perdre. C’est sans doute la raison qui fait que, de males déclarations de confiance de Gérald Darmanin, on arrive à celles d’un Emmanuel Macron qui dit qu’il va s’enquérir de l’état du dossier auprès des services concernés. Quand on sait d’où vient Emmanuel Macron, c’est-à-dire précisément de Bercy, on se doute qu’il est parfaitement informé et qu’il n’a nul besoin de demander, tous ses petits copains de Bercy n’ayant pas manqué de le tenir au courant. C’est donc là une pure manœuvre médiatique destinée à préparer un renoncement qui, pour les besoins de la cause, ne manquera pas d’être présenté comme une temporisation nécessaire. On songe alors à la bronca que ne manqueront pas de soulever les patrons de PME qui ont dû investir dans de nouveaux logiciels de paye, en pure perte. Si le CAC40 n’a guère de soucis à se faire, tel n’est pas le cas de toutes ces PME qui sont chaque mois sur le fil du rasoir. Et puis, à l’heure où les « gaulois » sont suspectés d’être rétifs à la réforme, et alors qu’ils sont favorables à plus de 60 % à celle-là, comment justifier que l’État soit incapable de la mettre en œuvre, alors que Bercy est sur le coup depuis des années et que de très nombreux pays la vivent depuis longtemps ? Ça va ramer chez les « communicants » du pouvoir. Ça promet de grandes heures...

 

Plus largement, ce qui frappe, c’est l’incapacité de nos dirigeants depuis de longues années maintenant, de gouverner un système qui part à la dérive. L’État libéral, qui fait confiance aux entreprises, qui fait risette au patronat, qui ne songe qu’à supprimer des postes et à relâcher les contrôles, dans une France de tradition colbertiste, où l’État à vocation depuis des siècles à servir de guide aux « décideurs », où il y a encore peu on faisait des plans quinquennaux, cet État est en voie de décomposition avancée. Nos dirigeants se cachent derrière la « complexité » pour mieux cacher leur impuissance, impuissance qu’ils ont eux-mêmes organisée. Les citoyens, les « gaulois », l’ont remarqué et s’en désolent mais le système démocratique est tel dans ce pays que rien ne vient, depuis quarante ans maintenant, contrecarrer cette entreprise délétère qui fait que le seul remède envisagé est de persévérer dans l’erreur, chaque renoncement en appelant de suivants. On songe au « Toujours plus » du sinistre De Closets. Toujours plus de réformes libérales et toujours plus d’échecs. À quand le rebond, le retour à la rationalité la plus élémentaire ? Tout prouve qu’on va dans le mur. Notre industrie n’est plus qu’un fantôme sans boussole. Nos dirigeants ne songent qu’à se servir. La gangrène libérale ne peut que se mal finir. Comment le « gaulois » peut-il au terme de tant d’années de gabegies diverses, de prévarication organisée, continuer à consentir ? Le risque est grand qu’à l’image de ce qui se passe dans bien d’autres pays, le retour de flamme ne soit extrêmement violent, autrement que le bébé ne soit jeté avec l’eau du bain, que la démocratie ne soit jetée par-dessus bord et qu’un pouvoir autoritaire ne se mette en place. Et, bien sûr, tous ceux qui auront préparé cette triste issue viendront se plaindre du mal dont ils auront fait le lit...

 

* selon le mot resté célèbre de Jacques Chirac

 

  1. Les leçons du Pont de Gênes

Si les performances maritimes de notre président sont passées inaperçues, il n’en a pas été de même de l’effondrement du viaduc Morandi à Gênes sur l’autoroute A10 en ce mardi 14 août. 43 morts et une catastrophe économique puisque cette autoroute est un axe vital. Mais par-delà le tragique, il n’est pas sans intérêt de s’intéresser aux causes de cette catastrophe. Et qu’apprend-on ? Que la société autoroutière, Autostrade per l’Italia, totalement sous contrôle de la famille Benetton, en charge de la maintenance, a préféré distribuer de généreux dividendes – 1 milliards d’euros en 2017 – plutôt que de faire les travaux que le viaduc réclamait et qui avaient été dûment identifiés.

Bien évidemment, et comme de coutume, nos médias qui sont, rappelons-le, sous contrôle de quelques milliardaires, ont cherché à incriminer le pouvoir italien et, en particulier le M5S au motif que celui-ci se serait opposé aux grands travaux, tels le tunnel permettant de finaliser l’axe Lyon-Turin. Une façon pour ces médias de vilipender le « populisme » honni, une triste propagande destinée à éviter de pointer les vrais responsables de cette catastrophe, les copains de leurs patrons. On a même eu droit sur l’antenne de France inter à cet étonnant dialogue entre l’animateur qui tentait de soutenir la thèse du M5S fautif et les dénégations de ses deux interlocutrices italiennes, très au fait, qui le contredisaient en tout point... Gageons que les contradictrices ne seront pas interrogées de sitôt sur notre antenne nationale...

 

 

Et puis, suite à ce tragique événement, certains médias se sont intéressés à l’état de nos ponts sur la base d’un audit réalisé à la demande du ministère des transport fin 2017, audit ayant une qualité essentielle : il ne s’intéressait qu’à l’état des ponts sur le réseau « non concédé » au privé. De sorte que l’on a appris que, s’agissant du réseau « non concédé », un pont sur trois nécessitait des travaux...

 

 

Là encore, on se pince. C’est le coup du pompier pyromane. Les budgets sont en baisse des années durant et, ensuite, ceux-là même qui ont procédé à ces baisses viennent se plaindre de leurs effets. Tartuffe n’y aurait rien trouvé à redire...

 

Alors, oui, il faut le craindre, comme dans bien d’autres pays, l’Allemagne, les USA, le Royaume-Uni, et sous l’effet des mêmes politiques, le réseau routier, les ouvrages d’art manquent des indispensables crédits que nécessite leur simple entretien. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, que ce soit sous l’effet des réductions budgétaires s’agissant de ce qui relève de l’autorité publique, ou des généreuses distributions de dividendes s’agissant des services concédés au privé, dans les deux cas, ce sont des crédits qui manquent. Et les conséquences arrivent toujours. Elles sont d’autant plus dramatiques et d’autant plus coûteuses que l’on aura tardé. Il arrive même que faute d’entretien régulier, ce qui nécessite une main-d’œuvre nombreuse et formée, on arrive à ce qu’il soit moins coûteux de refaire un pont ou un édifice plutôt que de le remettre à niveau. S’il fallait un signe de plus de la nocivité de toutes ces politiques « de rigueur », en voilà un qui, sans trop faire de bruit, sauf exception de type Gênes, est l’un des plus sûrs. Gribouille règne !

 

 

  1. Les grandes manœuvres électorales ont commencé

Sans que l’on ne s’en rende trop compte, les échéances approchent. Entendez, celles de l’élection des 80 députés français destinés à siéger au parlement européen qui doit se tenir le 26 mai 2019. Ce sont les premières élections depuis la séquence électorale de mai-juin 2017 qui ont conduit Emmanuel Macron à l’Élysée et une majorité absolue de députés LREM à l’Assemblée nationale. Comme on le sait, Emmanuel Macron, faute d’assise locale, a choisi de modifier le mode d’élection des députés en revenant à un scrutin de liste nationale au lieu et place de 8 scrutins « régionaux ».

 

Après l’euphorie du succès, viennent les temps difficiles. Emmanuel Macron est confronté à de multiples problèmes. D’une part, s’il est à peu près le seul dirigeant français d’envergure à afficher un eurobéatisme sans défaut, toutes ses propositions de réforme de l’Europe se sont heurtées à un nein franc et massif d’Angela Merkel, à commencer par celle consistant à faire des listes transnationales pour occuper les sièges laissés vacants par les Britanniques suite au Brexit. L’heure est manifestement, dans l’ensemble des pays, à un euroscepticisme plus ou moins massif comme en témoignent l’Italie avec l’arrivée au pouvoir du couple Di Maio-Salvini ou la montée de partis d’extrême-droite dans nombre de pays du nord, à commencer par l’Allemagne, la Pologne, la Suède, etc. L’Europe de la paix, l’Europe qui protège, l’Europe sociale, etc. Tous ces poncifs éculés n’ont que trop servi. Le réel est là, le mirage s’évanouit. L’Europe de Bruxelles est nue ! L’Europe n’est pas un pays, n’est pas une nation, l’Europe n’est que le fruit d’intérêts économiques dont l’Allemagne est le principal bénéficiaire. Et, comme il fallait s’y attendre, ce fruit technocratique n’a pas de chair, pas d’âme. Chaque peuple, chaque nation ne sait que faire de ce « machin » qui ne les protège en rien puisque ontologiquement ouvert à tous les vents du monde, faisant de la « concurrence libre et non faussée » son horizon indépassable.

 

Dans ce contexte, Emmanuel Macron a un souci. Il ne peut se revendiquer d’aucun succès européen et, d’autre part, rien sur le plan économique ne vient justifier sa stratégie de pluie de cadeaux faits aux plus riches (théorie du « ruissellement »). Comme, par ailleurs, s’il est un parlement dont tous les européens se fichent, c’est bien celui de Strasbourg. Parlement croupion, sans pouvoir réel, il y a bien longtemps, comme en témoignent les chiffres de la participation, que les citoyens ont compris qu’il ne se passe rien à Strasbourg. Un tel scrutin est donc là l’occasion rêvée de s’exprimer franchement, sans risque. En d’autres termes, d’envoyer un message sans frais au locataire de l’Élysée. Le chantage qui a si bien fonctionné à la présidentielle risque de ne plus fonctionner pour ce scrutin. Le « tout sauf Marine Le Pen » a de fortes chances d’être sans effet. C’est pourtant, manifestement, la seule stratégie envisagée par Jupiter. Nos médias se sont précipités sur cet « élément de langage » des communicants de l’Élysée, l’opposition Macron / Salvini-Orban et, comme en témoigne en ce lundi matin sur France inter l’interview de Daniel Cohn-Bendit, l’homme qui murmure à l’oreille de Jupiter, ce sera bien là la ligne suivie durant toute la campagne. On comprend bien qu’ils peuvent difficilement en trouver une autre. Celle suivie pendant longtemps par le PS – « votez pour nous, on vous fera une “Europe sociale” » – pouvant difficilement être servie après une année de pouvoir marquée par la suppression de l’ISF, la réforme du code du travail et de la SNCF, etc. Ne reste donc qu’à essayer de faire le même coup qu’à la présidentielle... C’est risqué, mais le magasin des idées est vide...

 

Autre problème : qui pour prendre la tête de la liste LREM ? De même qu’il semble que ce ne soit pas vraiment la bousculade pour remplacer Nicolas Hulot, il n’émerge, pour le moment, dans le camp macroniste pas la moindre figure capable de soulever l’enthousiasme. Christophe Castaner ? Benjamin Griveaux ? Aurore Bergé ? Tristes sires... À moins que le refus de Cohn-Bendit de devenir ministre ne soit là que pour mieux préparer sa position de n°1 sur la liste d’Emmanuel Macron. Qui sait ?

 

Nous aurons largement l’occasion de revenir sur ce scrutin. Mais, d’emblée, il n’est pas sans intérêt de rappeler combien il est la figure emblématique du vote des plus aisés, des plus cultivés de ce pays, le vote le moins populaire que notre République organise. C’est un scrutin qui distord l’opinion, un scrutin, où, par exemple, les écologistes ont pu faire plus de 16 % des voix. Quand on connaît le poids réel de cette mouvance, poids mesuré à l’occasion de l’élection présidentielle, on comprend combien Emmanuel Macron a encore quelque raison d’espérer réussir. Les pauvres, les victimes de sa politique, ne se déplacent pas sur ce scrutin. Les beaux quartiers, si. Et, eux, ont quelque raison de le remercier. Si, en plus, ils consentent à se faire une petit coup de frayeur, histoire de pimenter leur tranquille vie de privilégiés, avec des ogres nommés Orban ou Salvini, ça peut marcher...

 

Quant aux oppositions, le pluriel s’impose, elles vont évidemment avoir le problème exactement inverse. Comment parvenir à convaincre leurs électeurs d’aller désigner des députés qui ne servent à rien pour un scrutin sans enjeu réel ? Pendant que Marine Le Pen se tait, Laurent Vauquiez tente d’exister en lui faisant concurrence sur le terrain de l’identité, de la France envahie par des cohortes de barbares islamisés. S’il n’y a aucune raison de penser que Marine Le Pen est authentique sur le créneau, nombreux sont ceux qui pensent que Wauquiez manque de crédibilité. Mais il fait des efforts, efforts qui font d’ailleurs tordre le nez à nombre de ses amis politiques... Sur une veine voisine, Nicolas Dupont-Aignan se défend bien et peu parvenir à capter une part non négligeable de l’électorat sensible à ces idées. Il va de soi que ces trois-là pensent profiter de la vague « populiste » qui traverse toute l’Europe. Mais, bien sûr, la division qui règne entre eux a peu de chances de disparaître et les affaiblit.

 

De l’autre côté de l’échiquier politique, on voit mal comment le PS, ou ce qu’il en reste, pourra se refaire une santé à l’occasion de ce scrutin. Dépasser le seuil fatidique des 5 % sera déjà pour lui un exploit. Reste donc La France Insoumise et les divers courants qui fragmentent ce qu’il reste de la gauche dans ce pays. Leur souci, outre cette division qui n’a que peu de chances de disparaître, est de faire en sorte que le débat sorte du cercle mortifère de l’identité, sur lequel ils manquent de crédibilité, pour venir sur celui qui leur est le plus naturel, le « social ». Dénoncer l’Europe libérale, les politiques d’austérité, etc. Voilà bien le seul créneau sur lequel ils peuvent espérer mobiliser. Et, bien sûr, une telle ligne n’a de chance de réussir que si l’électorat populaire, la jeunesse se mobilise à l’occasion de ce scrutin. C’est évidemment loin d’être gagné. C’est sans doute là la raison pour laquelle on a pu voir en cette fin de mois d’août un Jean-Luc Mélenchon en appeler à un vote sanction anti-Macron. Conscient sans doute de la difficulté de vendre la sortie de l’Europe auprès de catégories sociales qui, contre toute rationalité, tremblent à cette seule idée, il choisit ce créneau, en arrondissant les angles sur l’affaire du « Plan A - Plan B » et en cultivant un « républicanisme » de bon aloi qui conduit à ce que la Marseillaise soit entonnée à chacun de ses meetings et, au risque de déplaire à une partie des bobos qui le suivent, en se refusant à dire que les portes du pays doivent être ouvertes à qui veut y entrer, ce qui lui vaut de très réguliers procès en sorcellerie tant de la part de l’extrême-gauche type Besancenot que de responsables de LREM qui le taxent de « national-populisme », autrement dit de fascisme. Le point Godwin n’est jamais loin dans ce pays... Il ne va pas de soi que tout cela fonctionne. Tout au plus peut-on penser que ce scrutin sera pour JLM et ses amis l’occasion de confirmer sa prééminence à gauche ce qui, s’agissant des scrutins qui suivront, des municipales en particulier, n’est pas sans intérêt.

 

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Le lecteur s’étonnera sans doute que cette chronique de rentrée fasse l’impasse sur la rentrée scolaire. Il y aurait tant à dire en général et si peu s’agissant de cette rentrée-ci. Jean-Michel Blanquer continue de vendre la seule marchandise disponible dans son magasin, à savoir l’extension du dispositif de dédoublement des classes en éducation prioritaire. S’y ajoutent l’interdiction du portable au collège et le rétablissement des évaluations (CP, CE1, 6ème, 2nde). Faute de disposer des moyens, il fait évidemment l’impasse sur le blocage du point d’indice des enseignants et préfère expliquer qu’« un pays qui va bien est un pays qui aime ses professeurs, qui leur fait confiance. Et la France, en réalité, aime ses professeurs », ça ne coûte rien même s’il est probable que ça ne rapporte pas gros tant il est vrai que la paye de nos enseignants est, depuis longtemps, en inverse proportion des déclarations d’amour de ses ministres. Bref, la routine. Un non-événement, un « marronnier », qui reste pourtant un moment singulier de la vie du pays en ce qu’il signe la « rentrée », la fin du « bon temps », la fin de l’été, la reprise du travail, la course infernale des femmes qui doivent conjuguer vie professionnelle et vie de famille, autrement dit la célèbre « double journée » de travail. Sur ce terrain-là, les choses n’évoluent que trop lentement. Les années passent et, pour l’essentiel, les femmes continuent à se coltiner les emplois mal payés, les temps partiels et la direction des affaires familiales, les enfants, les courses, la cuisine, etc. Comble de l’affaire, à l’occasion de la réforme des retraites, le pouvoir envisage de supprimer les pensions de réversion, autrement dit leur assure des vieux jours faits de difficultés financières. Salopards !

 

@ suivre…

 

 

 



03/09/2018
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