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Vers un nouveau « Mai 68 » ?

Dimanche 8 avril 2018

 

Sujets abordés :

  1. La « bataille du rail » est commencée
  2. Vers la « convergence des luttes » ?
  3. Réforme constitutionnelle en vue : référendum ou pas ?
  4. Une cabine téléphonique tient congrès

 

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  1. La « bataille du rail » est commencée

Comme annoncé par Guillaume Peppy lui-même sur les ondes, la grève a été massive les 3 et 4 avril et, manifestement, la détermination des grévistes ne faiblit pas, contrairement à ce qu’a osé titrer le « journal de révérence », Le Monde, puisque la SNCF annonce d’ores et déjà que celle des 8 et 9 avril ira crescendo. Les taux de grévistes annoncés par la direction de la SNCF ressemblent furieusement à ceux qu’annonce régulièrement l’Éducation nationale depuis quelques années en ce qu’ils sont faits en rapportant le nombre de grévistes au nombre total des agents, personnels de direction et agents au repos ces jours-là inclus. Du coup, confrontée à la réalité d’un réseau en quasi déshérence, la population n’y accorde qu’un œil distrait et qu’une importance toute relative.

 

 

Parallèlement, se tiennent des « concertations », des « discussions » entre les organisations syndicales et la ministre en charge du dossier, la délicieuse Élisabeth Borne, des discussions qui ressemblent à s’y méprendre à celles qui se sont tenues à l’occasion de la réforme du code du travail, autrement dit un dialogue de sourds puisqu’en réalité, il n’y a rien à discuter. « Le roi est nu » ! Et même les organisations syndicales les plus promptes à vouloir dialoguer, CFDT et UNSA, se voient contraintes de sortir des réunions en étant aussi furieuses que celles qui sont volontiers soupçonnées d’être « jusqu’au boutistes » telles SUD-Rail ou la CGT Ferroviaire. De sorte que tombe l’argument du gouvernement selon lequel il ne comprenait pas pourquoi les organisations syndicales organisaient une grève avant même que les discussions ne commencent. La population, là aussi, comprend que toutes ces réunions sont sans réel objet autre que de faire semblant de discuter.

 

Les « médias de cour » ont beau faire de très grands efforts, le débat commence à s’ouvrir dans le pays et, avec lui, commence à se faire jour le fait que cette épreuve de force a bien peu à voir avec un statut des cheminots, cause de tous les maux, des difficultés financières de la SNCF, et tout à voir avec le fait que la dette de la SNCF trouve sa source dans les choix politiques qui ont été faits par ceux-là mêmes qui sont au pouvoir, tant à la SNCF elle-même avec Guillaume Peppy qui la préside depuis dix ans ou une Florence Parly, l’actuelle ministre des armées (payée 52 569 € nets/mois durant son passage à la SNCF en 2017). Autrement dit, ce sont ceux-là mêmes qui ont coulé la SNCF qui nous expliquent maintenant qu’il faut absolument mettre fin au statut des cheminots alors qu’en fait, la dette de la SNCF n’est rien d’autre et pour l’essentiel que celle qui résulte du choix fait de construire de coûteuses LGV, tout particulièrement les dernières en date : la ligne Lyon-Turin, à elle-seule, représente 26 milliards d’euros tandis que la prolongation Tours-Bordeaux participe pour 8 milliards dans les 55 milliards en cause. Le comble, pour cette dernière, c’est qu’elle s’est faite à travers un PPP – Partenariat Public-Privé – qui, comme tous les PPP, est un gouffre pour ceux qui y souscrivent, ici la SNCF, et une aubaine pour Lisea, filiale de Vinci, puisque chaque passage d’un TGV lui rapportera 7 000 € pendant 50 ans ! À raison d’une vingtaine d’aller-retour quotidiens, c’est une rentabilité de 15 % l’an, du jamais vu dans le secteur industriel !

 

Source SIA-Partners

 

Le graphique ci-dessus témoigne de l’évolution de la dette : tandis que celle de la SNCF va décroissant à partir de 1998, celle de RFF explose, en particulier à partir de 2010, autrement dit à partir de la décision prise de se lancer dans la construction de nouvelles lignes LGV (voir ci-dessus). Quant aux 30 milliard d’euros de 1997, là aussi, outre que cette dette est en tout point comparable à celle de toutes les compagnies ferroviaires des pays européens comparables, Allemagne en tête (35 milliards de dette en 1994 pour ce qui allait devenir la Deutsche Bahn), elle est, là aussi, le fruit des choix faits par le pays de se lancer dans le « tout TGV » (1992-1997) et a donc tout à voir avec un « aménagement du territoire » qui relève d’un choix politique stratégique. S’il faut avoir des regrets quant à un tel choix, c’est qu’il s’est fait avec un désengagement sur le « transport ferroviaire du quotidien », autrement dit, déjà, de l’abandon d’une grand nombre de « petites lignes » dont le rapport Spinetta nous a dit qu’il convenait d’en fermer 9 000 km de plus et de l’absence d’investissement et même de maintenance sur les lignes les plus fréquentées comme en témoignent le terrible accident de Brétigny et la thrombose du réseau RER en région parisienne.

 

Autre épine dans le soulier de nos gouvernants et technocrates : pourquoi, à l’heure de la « crise climatique », a-t-on encouragé le transport routier au détriment du transport ferroviaire des marchandises ? Car, enfin, tandis que la SNCF s’est vu priée de prendre à sa charge l’intégralité des investissements pour le TGV, la maintenance du réseau, etc., pourquoi a-t-on fait le choix de ne pas faire porter les coûts des investissements et de la maintenance des routes et autoroutes à ceux qui en bénéficient et sont la cause essentielle de sa détérioration, à savoir les camions ? En quoi un tel choix est-il « rationnel » alors que la concurrence est manifeste et censée être « libre et non faussée » ? N’est-ce pas là le signe d’un choix fondamental d’abandonner le transport des marchandises au « tout camion » ? Autrement dit, et contre toute évidence écologique, de polluer toujours plus ? Comment expliquer que l’on préfère des cohortes ininterrompues de camions sur nos routes et autoroutes, provoquant ici et là des accidents parfois terribles, à un transport ferroviaire dont le coût carbone est sans commune mesure et dont la sécurité est sans égal ?

Autre « antienne » qui commence à avoir du plomb dans l’aile, il apparaît assez clairement que loin de vouloir « sauver la SNCF », comme le prétendent les tenants de la réforme, la transformation de la SNCF d’EPIC – Établissement Public Industriel et Commercial – en SA « à capitaux publics » n’a d’autre but que de faire suivre à la SNCF le même chemin qu’a pris GDF, devenue comme on le sait GDF-Suez, ou France-Télécom devenue Orange (l’État, en 2018, ne contrôle plus que 13,4 % du capital et la BPI 9,6 %, soit près de 23 % du capital seulement pour les actionnaires publics). Les dénégations des représentants du gouvernement sur ce point ne trompent plus grand monde et ressemblent furieusement aux beaux discours d’un Michel Delebarre en son temps. Comme le disait le petit père Queuille, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent »… et, manifestement, quelque peu instruits du passé, les français ont retenu quelques leçons.

 

Le lecteur lira ici avec profit l’article de Laurent Mauduit publié le 18 mars sur Mediapart sur toute cette histoire de privatisation de France-Télécom et ses résonnances avec l’affaire qui nous occupe.

 

  1. Vers la « convergence des luttes » ?

Toute cette « politique de gribouille », menée depuis si longtemps, commence donc à se faire jour dans l’opinion et toutes les mauvaises raisons qui président à cette entreprise aussi. De sorte que lorsque Gabriel Attal, député LREM, vient sur France inter ce lundi 2 avril parler de « gréviculture », reprenant en cela la vieille antienne de l’extrême-droite du début du XXe siècle, il ne fait rien d’autre que de mettre en évidence que ce gouvernement, prétendument « au centre », est, en fait, très à droite et que la popularité de sa réforme – en gros, un sondé sur deux – n’est rien d’autre que la collection du score d’Emmanuel Macron, de François Fillon et de cette frange de l’extrême-droite qui faisait le fonds de commerce des Tixier-Vignancour ou Jean-Marie Le Pen. De sorte que, contrairement à ce qui s’est produit avec la réforme du code du travail, les français comprennent de moins en moins pourquoi le gouvernement tient à tout prix à passer par la voix des ordonnances, si ce n’est, une fois encore, pour éviter un long débat parlementaire, autrement dit pour éviter le débat.

 

Caricature du dessinateur Caran d’Ache – anti-dreyfusard notoire – intitulée « Gréviculture »

dans Le Figaro daté du 18 octobre 1902.

 

Mais l’inquiétude gouvernementale ne vient pas seulement de cette affaire de réforme de la SNCF. C’est que, non seulement l’argumentaire qu’il développe sur ce point prend de moins en moins, mais c’est aussi que d’autres fronts s’ouvrent « en même temps », à commencer par la contestation étudiante de la réforme des universités. Alors, bien sûr, et comme toute contestation étudiante, elle prend des formes qui ont peu à voir avec celle des salariés. Mais le pouvoir sait, 50 ans après 1968, que le danger est grand de voir ces forces « converger » d’autant que, contrairement à 1968, il ne dispose d’aucun relai politique pour « calmer la base ». Les « marcheurs » sont, dans ce domaine comme le « couteau de Lichtenberg », « un couteau sans lame auquel il manquerait un manche ». Constitué pour l’essentiel de technocrates, de DRH, de patrons divers et variés, de « décideurs branchés », de cette partie de la population dont les enfants ne rencontrent aucun problème, ils ne peuvent en rien relayer la parole de Jupiter. Le seul relai du pouvoir se résume donc au « parti médiatique », autrement à cette caste d’éditocrates embauchés par les milliardaires qui tiennent 90 % des médias, les Lagardère, Bouygues, Dassault, Arnault et autres Bolloré ou Niel. Mais, pour leur malheur, s’ils peuvent se rassurer de ce que cette médiacratie fait tout pour aller dans son sens, ils devraient savoir aussi que la jeunesse, en particulier étudiante, ne regarde plus la télévision, ne lit pas d’hebdomadaire sur papier glacé, autrement dit n’entend à peu près rien de ce que les Laurent Joffrin, Christian Barbier ou Yves Thréard racontent. Quant à l’audiovisuel public, qui pourtant fait de remarquables efforts pour « être dans la ligne », invitant jusqu’à la nausée un flot quasi ininterrompu de partisans de la réforme, il n’a pas davantage l’oreille de la jeunesse.

 

La question reste néanmoins posée de savoir si, en ce début de printemps 2018, on va assister à un nouveau « mai 68 ». Oiseuses seraient les comparaisons des deux époques tant elles diffèrent manifestement. Et, plutôt qu’un nouveau « mai 68 », on ferait mieux de songer à un remake de 1995 non pas tant en ce qui concerne la jeunesse – elle fut alors cruellement absente du débat – mais en ce qui concerne les enjeux. Car, à n’en pas douter, la feuille de route d’Emmanuel Macron est bien dans la droite ligne du plan Juppé de 1995. N’est-il pas en effet question, après la réforme de la SNCF, de réformer les retraites ? Et, au fond, tout ceci n’a-t-il vraiment rien à voir avec la « feuille de route » de Bruxelles, autrement dit de la signature conjointe apposée au traité de Lisbonne par Jacques Chirac et Lionel Jospin en 2008 ? Poser la question, comme souvent, c’est en partie y répondre. On se souvient du résultat du référendum de 2005 et des forces qui s’opposaient alors. Tout laisse à penser qu’on assiste, peu ou prou, au même affrontement, avec les mêmes forces sociales à l’œuvre, les « nantis » avec le « président des riches » d’un côté vs ceux et celles qui ont compris que derrière le TCE, derrière les réformes Macron aujourd’hui, se profile l’écrasement des services publics, la remise en cause du pacte social issu de la Libération, la guerre du tous contre tous, la magnification du chacun pour soi et l’aggravation de la misère.

 

Rien ne dit que les forces qui sont aujourd’hui dans l’action vont s’agréger. L’enjeu est en effet si énorme que ses déclinaisons dans des secteurs différents peuvent ne pas apparaître clairement. Montrer ce qu’ont de commun la réforme de la SNCF, la loi sur l’entrée à l’université, les difficultés du système de santé avec, en particulier celles de l’hôpital public et des EHPAD, les salariés de Carrefour, etc. ne va pas de soi. Chacun peut légitimement ne voir que midi à sa porte et tous les efforts du gouvernement consistent précisément à éviter que l’on discute du fond, si tant est qu’on discute… Beaucoup néanmoins l’ont compris et tentent de le faire partager. Ainsi peut-on noter que Frédéric Lordon et François Ruffin ont réuni ce 4 avril des milliers de personnes à la Bourse du travail à Paris sur le thème « Et si on essayait quelque chose ? » (à entendre ici) avec un appel conclusif de Frédéric Lordon au « débordement général », à un « mouvement de masse ».

 

« Bon, je crois que vous avez compris maintenant que nous ne sommes pas là pour procéder à quelques reconstitutions de ligues dissoutes, on est pas là pour rejouer à Nuit debout, Marx nous a avertis de longue date de ce qu’il avait lieu de penser des secondes fois. Nous sommes là pour autre chose. Nous sommes là parce que nous nous sentons requis, nous nous sentons requis par un moment important, décisif peut être. Il y a du malheur dans ce pays. Des gens souffrent seuls et ne se rencontrent pas. Certains choisissent même d’en finir, qui appartiennent désormais à des classes sociales qu’on n’aurait jamais imaginées. À un moment, il faudra mettre en ordre le vocabulaire. Quand des politiques publiques continuellement poursuivies depuis trente ans, conduisent ainsi directement des gens à s’abîmer, ou à se supprimer, comment faut-il les qualifier ? Je retiens de justesse quelques mots qui me viennent à l’esprit, mais au minimum ce sont des politiques qui sont passibles de procès publics. 

(Applaudissements) Il y a quelques temps j’ai proposé, moitié pour rire, moitié pour provoquer, une troisième moitié éventuellement pour réfléchir un peu… de considérer ce que j’ai appelé la classe nuisible. Si cela en agace quelques-uns on peut l’appeler autrement, c’est vrai que ce n’est pas très gentil… la classe béate, ou la classe pharisienne… mais en gros tous les ravis de la mondialisation… qui non seulement cautionnement mais applaudissement à l’installation des structures du malheur des autres, n’en ont aucun égard et pour finir leur font la leçon à coup de généralités édifiantes. Mais la classe nuisible est surmontée d’une fraction encore plus étroite qu’il faudrait appeler la classe obscène. Si vous croyez que j’exagère, écoutez, tendez l’oreille. Il ne se passe presque plus une journée sans que quelque représentant de la classe obscène ne vienne déposer sa bouse. (applaudissements) La classe obscène, c’est ce député macronien, entrepreneur enrichi, qui vient expliquer que cela suffit cette obsession pour le pouvoir d’achat parce qu’il y a quand même d’autres choses dans la vie. C’est cet autre qui soutient qu’il y a tout au plus cinquante SDF dans Paris et qui ont choisi d’y être. Ou bien ce sinistre individu qui suggère dans les colonnes du Point qu’on compte les décès liés aux grèves. Eh bien, comptage pour comptage, il faut relever le défi. Et carrément même. À quand par exemple un livre noir mondial du néolibéralisme ? Livre noir de l’ajustement structurel au Sud, de la mise au travail des enfants en Afrique, du massacre de la Grèce, des décès climatiques et des suicidés bien de chez nous. La classe obscène veut compter ? C’est parfait, on va compter avec elle. (applaudissements) À ceci près que nous, ici, on ne veut pas seulement compter, on veut arrêter le compteur. (applaudissements)

Alors on va dire que j’extravague, qu’il n’est question après tout que d’une simple dérégulation du transport ferroviaire demandé par l’Europe. Je réponds qu’il ne fera pas cinq ans pour que la SNCF connaisse sa vague de suicides, comme avant elle la Poste, Orange et les hôpitaux. Nous ne laisserons pas faire ça ! (applaudissements)… (...) Il faut dire à tous ceux qui se sentent dans le malheur qu’il y a une issue, ne restez pas seul, rassemblez-vous, luttez, luttons, c’est le moment ! »

 

La soirée avait un côté « Nuit debout » mais la composition sociologique des présents était bien différente et les question abordées beaucoup moins éthérées. La question qui a taraudé la soirée était évidemment de trouver la façon d’éviter que ce qui s’était passé sur la loi El Khomri ne se reproduise. Proposition est donc faite, en particulier aux organisations syndicales, de faire un « montée nationale » le samedi 5 mai à Paris, autrement dit de « mettre dans le paysage » une occasion de « faire la fête à Macron ». On notera, et certains ne manqueront pas de faire le lien, qu’une telle proposition correspond en tout point à celle faite par Jean-Luc Mélenchon de donner l’occasion à tous ceux et toutes celles qui ne peuvent être dans le mouvement à travers la grève de se manifester un jour, pour l’essentiel non travaillé, un samedi. Disons-le, la proposition est de simple bon sens et, dans le champ politique, on voit mal qui d’autre que JLM a le poids suffisant pour la porter. Pour autant, s’il est peu probable que LFI ne soutienne cette initiative, il est bien évident que cette « montée à Paris » ne sera pas une manifestation politique des Insoumis. Ils en seront, bien sûr, mais il est évident qu’elle réunira bien au-delà de ses rangs.

 

Entre temps, comme rien ne laisse à penser que le gouvernement puisse faire la moindre concession substantielle sur sa réforme de la SNCF, le mouvement dans ce secteur va perdurer. Jupiter a décidé de venir « parler aux français » sur TF1 ce jeudi 12 avril au journal de 13 h de Jean-Pierre Pernaut. On imagine sans peine que ce ne sont pas les questions de ce dernier qui devraient gêner notre « président des riches ». Les questions ne seront là que pour permettre « de faire de la pédagogie », autrement dit d’expliquer à tous ces français qui ne comprennent rien combien ils sont stupides de ne pas lui faire confiance. Outre qu’il ne va pas de soi que l’intervention soit très suivie, ne sera retenue que la volonté ferme et décidée de Jupiter de « rester droit dans ses bottes » à la façon d’Alain Juppé en 1995, de ne rien céder, quoi qu’il en coûte. Ce sera donc un non-événement. Il est probable, en conséquence, qu’on n’ait pas à y revenir ici…

 

  1. Réforme constitutionnelle en vue : référendum ou pas ?

Nul doute que parmi les sujets abordés lors de cette aimable interview sera abordée la réforme constitutionnelle qu’Emmanuel Macron se prépare à faire. Les grandes lignes de cette réforme sont maintenant connues. C’est un mélange tout à la fois de mesures qui ne relèvent que de la loi ordinaire, d’autres qui relèvent de la loi organique et, enfin, certaines qui relèvent de l’ordre constitutionnel.

 

Au rang des lois ordinaires, figure l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives. Une dose de 15 % semble avoir les faveurs de l’exécutif, au grand dam d’un François Bayrou qui en voulait 25 et risque de ne rien changer à l’actuel défaut du scrutin qui permet à une minorité d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale. Une étude du think tank Terra Nova dirigé par Thierry Pech, soutien indéfectible à Emmanuel Macron et sa politique, publiée ce 19 mars montre « qu’en dessous de 25 %, la réforme est symbolique ». En d’autres termes, c’est une non réforme à laquelle le pouvoir nous invite…

 

Au rang des lois organiques, figurent la réduction du nombre de parlementaires et le non cumul des mandats dans le temps. En l’espèce, il s’agirait ici de réduire d’un tiers le nombre de parlementaires et d’empêcher un élu de faire plus de trois mandats successifs (hors les maires des petites communes) et, ce sur quoi on peut s’attendre à un grand silence médiatique, de supprimer le caractère individuel du droit d’amendement de la loi au profit d’un droit conféré aux groupes parlementaires, à proportion de leurs effectifs. On imagine sans peine l’effet de cette mesure : le gouvernement disposant déjà du privilège quasi exclusif de proposer la loi, comme il dispose en outre d’une majorité à l’assemblée, l’opposition serait purement et simplement bâillonnée.

 

Enfin, au rayon constitutionnel, figurent l’inscription de la Corse dans le texte lui-même ainsi que la suppression de la Cour de Justice de la République en charge de juger les ministres (au profit de la Cour d’Appel de Paris). Sur la Corse, comme souvent, le diable se niche dans les détails. Ce qui est en cause n’est pas tant qu’il soit fait référence à la Corse mais que l’on donne le droit à des assemblées régionales d’adopter des lois valables sur le seul territoire qu’elles contrôlent. C’est là une porte ouverte vers un démembrement de la « République une et indivisible » qui fait que chaque citoyen de ce pays élit des représentants en charge de faire la loi commune à l’ensemble des citoyens du pays. Autrement dit ce qui fait du pays une « communauté politique ». Au lieu et place de quoi, nous aurions droit à des « lois pays » en matière d’éducation, de droit social, etc.

 

Reste à voir comment Emmanuel Macron va pouvoir faire passer sa réforme. La droite, qui dispose d’une majorité au Sénat, bloque de fait toute réforme qui exige un vote identique des deux chambres ou une majorité des 3/5 du Congrès. Conscient de cet obstacle, les « communicants » de l’Élysée font savoir à qui veut l’entendre qu’Emmanuel Macron est prêt à passer par l’article 11, autrement dit par la voie du référendum. Là-aussi, c’est un peu une politique du poker menteur car Emmanuel Macron n’ignore pas que si les français ont peu de chance de se désoler de la disparition d’un tiers de leurs élus vu que le plupart ne servent à rien, en particulier dans les rangs de la majorité, s’il est possible même qu’ils consentent à voir la Corse inscrite dans la Constitution, s’il est peu probable qu’ils regrettent la disparition de la CJR, ils pourraient se saisir de l’occasion qui leur serait ainsi donnée de ne pas répondre à la question posée, préférant y voir l’occasion de dire tout le bien qu’ils pensent de la politique menée et de sanctionner « le président des riches », une occasion de faire l’union des mécontents. On sait ce que le référendum de 1969 avait peu à voir avec la réforme du Sénat et la régionalisation proposées par le Général… et tout à voir avec les suites de 68 et la mise au rencart de ce même général qui, lui, consentait à jouer sa place sur le résultat. On sait que ses successeurs se sont affranchis de cette contrainte ainsi qu’en témoigne le résultat du référendum de 2005…

 

  1. Une cabine téléphonique tient congrès

Le lecteur l’aura compris sans peine, il s’agit là du PS qui a tenu son 78ème congrès ce week-end à Aubervilliers. Sans surprise, il a élu à sa tête le vainqueur de la primaire, Olivier Faure, actuel président du groupe PS à l’Assemblée nationale (nommé Nouvelle Gauche).

 

 

Comme la plupart des congrès du PS, il s’est gagné « à gauche », autrement dit en tentant d’apparaître comme une opposition au pouvoir. Bien évidemment, les congressistes ne sauront pas par quel miracle de la dialectique socialiste une telle opposition a pu se traduire au Parlement par une minorité de députés du groupe refusant sa confiance au gouvernement… Le choix est donc fait de tenter de faire du neuf avec du vieux, de « tirer les leçons du passé », d’apparaître comme soucieux de « justice sociale » après que l’on a voté pour la réforme El Khomri et se soit senti très gêné aux entournures au moment de la réforme du code du travail. Il nous est promis de rénover « le logiciel socialiste » mais, nul ne s’y trompe vraiment, aucune idée neuve et, comme dans d’autres partis avant lui, il s’agit simplement de durer. La prochaine échéance électorale, l’élection au parlement européen, risque en effet d’être une cruelle épreuve, une de plus, car on voit mal comment ce « PS maintenu » va pouvoir apparaître comme se distinguant fondamentalement de LREM puisque, sur le fond, ils sont d’accord. Et ce ne sont pas les vaines promesses entendues depuis des dizaines d’années de faire « l’Europe sociale » qui ont la moindre chance d’être entendues. Quant à l’influence sociologique du PS, on voit mal comment il pourrait redresser la barre : coupé des couches sociales qu’il prétend défendre, privé de forces militantes capables même de leur parler, ne restent que les bobos qui pourraient s’émouvoir de la brutalité du pouvoir à l’endroit des immigrés, migrants ou réfugiés. Le créneau est étroit. Le « cycle d’Epinay » est mort et enterré. Le PS va rejoindre le cimetière déjà bien rempli des partis disparus : le parti radical, le PCF, etc. Une bonne chose de faite !

 

@ suivre…

 



08/04/2018
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