Avis de tempêtes
Dimanche 21 octobre 2018
Sujets abordés :
- Un remaniement qui fait pschitt…
- Tempête policière et judiciaire à LFI
- FO dans la tempête
- Arabie Saoudite et Russie : deux poids, deux mesures
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Le rythme bimensuel adopté depuis un temps sur ce blog ne peut résister à l’actualité lorsque celle-ci se fait impérieuse, voire tempétueuse. Comme le lecteur le verra, ce n’est pas tant le remaniement ministériel qui entre dans cette catégorie que le flot de boue qui se déverse sur l’organisation qui, actuellement, domine la gauche dans notre pays, La France Insoumise et, accessoirement, sur FO, l’un des principaux syndicats de ce pays…
- Un remaniement qui fait pschitt…
Nous attendions Godot et, sans grande surprise, nous eûmes Castaner flanqué de Laurent Nuñez, nommé en 2017 à la tête de la DGSI par Gérard Collomb. Autant dire qu’avec ces deux-là, Emmanuel Macron s’assure d’une police aux ordres. Le reste, c’est-à-dire le remplacement de Françoise Nyssen par Franck Riester au ministère de la Culture, celui de Stéphane Travert par Didier Guillaume au ministère de l’Agriculture et la promotion de Jacqueline Gourault en remplacement de Jacques Mézard à la « cohésion des territoires » passera largement sous les radars, tant les intéressés ne sont connus pour l’essentiel que de leurs familles… Bien évidemment, ce petit jeu de chaises musicales a sa cohérence. Françoise Nyssen a des affaires aux fesses, Franck Riester, ex-LR passé dans la macronie à la suite du 1er ministre, est récompensé, etc. Dans la série des « promotions », on ne manquera pas de remarquer celle d’Emmanuelle Wargon dont l’itinéraire à tout à voir avec ce que dénonçait il y a peu un livre dont nous avions ici vanté les mérites le 2 septembre dernier, à savoir « La Caste » de Laurent Mauduit. Fille de Lionel Stoléru, ingénieur polytechnicien qui se fit connaître en servant successivement Valéry Giscard d’Estaing puis François Mitterrand et de Francine Wolff, elle-même énarque administratrice de la ville de Paris, elle a suivi le cursus classique de nos élites : IEP Paris, HEC, ENA dans la même promotion qu’Édouard Philippe. Sortie « dans la botte », elle commence sa carrière à la prestigieuse Cour des comptes. Après avoir été conseillère technique de Bernard Kouchner, avoir un temps servi à l’AFSSPS comme adjointe du DG, assuré les fonctions de directrice à l’AP-HP, puis servi de Dir’Cab’ à Martin Hirsch, elle officiera dans différents ministères jusqu’en 2015. Forte de cette expérience, et du carnet d’adresses qu’il permet de se fabriquer, elle quitte la Fonction publique pour rejoindre le groupe Danone en 2015 comme « directrice de la communication et des affaires publiques », c'est-à-dire lobbyiste chargée des relations du groupe agroalimentaire avec les pouvoirs publics. Elle s’est ainsi fait remarquer pour sa défense de l’huile de palme dans les laits infantiles aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence de cette année (voir ici). Et, comme en illustration de ce que Laurent Mauduit appelle les « rétro-pantouflages », « une privatisation de l’intérieur des postes clé de la République » (voir ici), la voici revenue « aux affaires », mais cette fois avec le titre de secrétaire d’État auprès de François de Rugy à l’écologie. Si l’on pouvait avoir déjà quelques doutes quant aux convictions de celui qui a pris la place de Nicolas Hulot, avec une Emmanuelle Wargon à ses côtés, tous les doutes sont levés…
Emmanuelle Wargon défendant l’utilisation de l’huile de Palme dans les laits infantiles
aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence 2018
Bref, chacun comprendra à l’énoncé de ce remaniement qu’il s’agit là d’un non-événement. En foi de quoi, l’intervention du président de la République (voir ici) mardi soir à l’heure des journaux télévisés fut largement ignorée, qualifiée même de « crépusculaire » au motif, peut-être, que la pénombre dans laquelle baignait Emmanuel Macron au cours de cette allocution pouvait être vue comme l’illustration de ce que chacun pressent, la fin du macronisme…
Allocution « crépusculaire » d’Emmanuel Macron le mardi 16 octobre
- Tempête policière et judiciaire à LFI
Le remaniement ministériel attendu depuis treize jours n’ayant guère convaincu, ayant fait pschitt, il fallait passer à autre chose. Mardi matin, à l’aube, à 7 h du matin plus précisément, à l’initiative d’un procureur de la République dans le cadre d’une enquête préliminaire, une centaine de policiers lourdement armés ont perquisitionné les domiciles d’une dizaine de responsables de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon en tête. Outre ces perquisitions domiciliaires, ont été également perquisitionnés les sièges des organisations qui gravitent autour de LFI tel le Parti de Gauche, l’Ère du Peuple, etc. Bref, un « vaste de coup de filet » qui, au vu de l’ampleur du dispositif employé, tend à laisser penser qu’on était dans le cadre d’une enquête criminelle visant la pègre de haut vol…
Les faits qui ont suivi ont largement été diffusés sur les réseaux sociaux et les médias. On y voit un Jean-Luc Mélenchon hors de lui, menaçant, vociférant, se draper dans sa dignité et forçant avec ses amis la porte du siège de LFI dans laquelle se déroulait une perquisition.
Diable, diable, et pourquoi tant d’agitation, tant de bruit et de fureur ? On apprend donc que ces perquisitions sont faites dans le cadre de deux enquêtes, celle qui touche le financement de la campagne présidentielle de JLM et celle qui touche le soupçon d’emploi fictif d’un certain nombre de ses assistants dans le cadre de son mandat de député européen, autrement dit d’affaires que l’on croyait éteintes puisque, dans le premier cas, les comptes de campagne avaient été validés par la commission ad-hoc et que, dans le second cas, elle tenait à la dénonciation d’une députée du FN, Sophie Montel, qui avait elle-même dit qu’elle plaisantait… en dénonçant 17 parlementaires d’un coup.
À ce stade, plusieurs questions se posent. Des questions de fond, des questions de forme. Tentons ici d’en examiner quelques-unes…
Sur le fond, rien de nouveau et rien qui justifie une telle mobilisation policière. Les comptes de campagne de JLM sont publics et les journalistes avaient déjà largement feuilletonné sur le sujet lorsque l’un des rapporteurs, celui en charge de ceux de JLM, avait fait savoir son désaccord avec la décision prise par la commission et que, tout à fait par hasard, l’ensemble de la presse mainstream ne s’était intéressé qu’à ceux-ci dès qu’ils furent accessibles. Que ce rapporteur acrimonieux fut un ancien camarade de Mexandeau, ennemi de longue date de JLM lorsque celui-ci était au PS, est évidemment sans rapport…
S’agissant de l’affaire des « emplois fictifs » ou réputés tels qui visent tout à la fois le FN (devenu RN), le MoDEM ou LFI, il convient d’être prudent. Il est en effet bien difficile de séparer, dans la vie de militants politiques, ce que sont tous ces attachés parlementaires, ce qui revient de leur emploi au titre du parlement européen et ce qui relève de leur activité au titre de leur parti. Il semble néanmoins, si l’on en croit JLM lors de sa conférence de presse du 19 octobre (voir ici) qu’il ait été particulièrement prudent et se soit largement assuré auprès du parlement que les activités de ses attachés parlementaires étaient « dans les clous »…
Toujours sur le fond, on s’étonnera que dans un pays qui se dit démocratique il soit possible à la police, et donc au pouvoir politique, d’accéder à l’ensemble des informations d’un parti politique d’opposition en aspirant l’ensemble des données contenues dans les disques durs, téléphones et autres clés USB qui se trouvent dans ses locaux ou chez ses responsables. On imagine sans peine les cris d’orfraie de cette presse bien-pensante si un tel événement s’était déroulé au Venezuela ou en Russie… Ceux qui invoquent l’indépendance de la justice devraient avoir un minimum de mémoire et se souvenir que, selon la Cour de justice européenne (voir ici), les procureurs ne peuvent en aucun cas, dans notre pays, être considérés comme indépendants. Ils sont aux ordres du pouvoir et Emmanuel Macron nous a d’ailleurs rappelé il y a peu qu’il tenait à ce qu’il en aille ainsi en nommant une personne de son choix au poste de procureur de la République de Paris. La presse qui hier s’en émouvait, tel Le Monde ou Libération, bizarrement l’oublie ici… En outre, s’il est vrai que des perquisitions ont déjà eu lieu au FN et au MoDEM sur l’affaire des emplois fictifs, c’était sous l’autorité d’un juge d’instruction qui, lui, est indépendant. Ici, rien de tel. Mieux, le cadre de l’enquête préliminaire interdit au justiciable d’être assisté d’un avocat. Autrement dit, on est dans le cadre d’une justice d’exception dans laquelle la défense se voit privée des droits les plus élémentaires. Il faut enfin noter, et ça a été peu dit, que même dans ce cadre d’exception, la force publique ne peut empêcher un responsable politique d’assister à la perquisition du siège de son organisation et que c’est pour cette raison que Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbières forcent l’entrée du siège de LFI.
Sur la forme, il est clair que l’image donnée d’un Jean-Luc Mélenchon hors de lui, vociférant, menaçant, faisant le coup de force n’est pas du meilleur effet. Les médias ne se privent évidemment pas de souligner qu’il y a là une contradiction avec la volonté affichée de JLM de siéger à l’Élysée sur le mode « confieriez-vous le feu nucléaire à un tel énergumène ? » D’aucuns se sont moqués de ses rodomontades sur le mode « je suis la République », « ma personne est sacrée », etc. L’inculture politique est telle dans ce pays que nul ne réfléchit plus à la raison pour laquelle, effectivement, un député jouit d’une immunité, pourquoi, dans le cadre de la « séparation des pouvoirs » qui sont à la base de la démocratie, il est indispensable que ceux qui font la loi soient à l’abri de ceux qui l’appliquent ou la font appliquer. Les temps sont effectivement au populisme mais pas celui qu’on croit. C’est le pouvoir actuel, celui d’Emmanuel Macron, qui entretient le « tous pourris » dont la réduction du nombre de parlementaires prévue dans la prochaine réforme constitutionnelle est la figure emblématique. Ceci étant, est-il besoin de rappeler ici que loin d’une immunité tous azimuts, les députés jouissent d’une immunité très restreinte surtout si on la met en regard de celle du président de la République qui pourrait parfaitement piller une banque et assassiner tel ou tel sans que la justice ne puisse y trouver à redire avant la fin de son mandat…
Sur la temporalité de ces événements, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le moment choisi par le pouvoir politique pour relancer une affaire dont l’urgence ne saute pas aux yeux. Qui peut avoir la faiblesse de croire que toutes ces perquisitions ont été commandées sans que la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner et le président de la république lui-même n’en aient préalablement été informés. La « chaîne de commandement », le respect de la hiérarchie obligent à tout le moins une telle information et, surtout, un « feu vert » venant du plus haut sommet de l’État. De là à penser que c’est précisément cette instance qui a décidé du moment, du calendrier de l’opération, il n’y a qu’un pas que nous franchirons sans peine. Sur le plan politique, la proximité des élections européennes est évidemment en cause. Mais, plus largement, lorsque l’on voit avec quelle célérité la justice s’est emparée des affaires Fillon durant la campagne des présidentielles et la lenteur qui a ensuite suivi, quand on voit comment, au Brésil, les affaires de corruption du Parti des Travailleurs ont pu être utilisées pour empêcher Lula de concourir et permettre in fine à un fasciste notoire d’accéder aux plus hautes fonctions, on peut penser que, s’agissant de JLM et les siens, il en ira de même. Des hauts, comme en ce moment, suivi de bas qui dureront jusqu’à ce qu’il soit à nouveau opportun de reparler de tout cela. La présidentielle de 2022, par exemple… Les citoyens devraient s’inquiéter de cette instrumentalisation de la justice. Elle n’est en rien indépendante dans notre pays. Elle est « aux ordres » et depuis des siècles, couchée, vautrée devant le pouvoir politique. Ses cadres sont soigneusement choisis et le pouvoir les tient d’une main de fer. Il en use selon son bon vouloir, au rythme et en fonction de ce qu’il juge utile d’en user.
- FO dans la tempête
Nous étions un certain nombre à nous réjouir de voir Jean-Claude Mailly prendre sa retraites sous les huées de son congrès… et de voir son successeur et jusqu’alors adjoint, Pascal Pavageau, conformément à ses motions de congrès, revenir à une ligne moins complaisante avec le pouvoir. C’est sans doute là qu’il faut voir la sources des ennuis qu’il vient de connaître, ennuis qui l’ont conduit à démissionner. En cause, un fichier visant 126 responsables de FO dans lequel ceux-ci se voyaient qualifiés d’homosexuel, d’ordure, de niais voire de trop intelligent pour accéder à des responsabilités confédérales… Bref, une horreur que l’on ne connaissait jusque-là que dans certaines entreprises, sans qu’il leur en coûte.
Par-delà ces avanies parfaitement condamnables, on ne peut manquer de s’interroger ici encore sur la temporalité et faire le parallèle avec ce qu’a connu le secrétaire-général de la CGT, Thierry Lepaon, à qui il fut fort opportunément reproché d’avoir refait à grands frais son bureau de la porte de Montreuil. Fort opportunément car cette information fut diffusée par Le Canard Enchaîné à la veille des élections professionnelles. Le fait que le volatile qui, décidemment, a bien mal évolué, sorte l’affaire du fichier de FO à la veille des élections professionnelles de la Fonction publique dans laquelle FO est majoritaire est évidemment une pure coïncidence… Si l’on y ajoute la perspective de la réforme des retraites qui pointe le bout de son nez, on comprend sans peine pourquoi il était urgent de dégager Pascal Pavageau qui, contrairement à la CFDT, n’entendait pas marcher dans la combine.
Bien évidemment, avec cette affaire, c’est l’ensemble du syndicalisme qui est montré du doigt et, une fois de plus, il nous sera expliqué combien celui-ci est un frein dont il convient de s’affranchir. La « start-up nation » ne peut se voir ainsi bridée et la remise en cause des « corps intermédiaires », la remise en cause d’une des conquêtes de la Libération qu’est le paritarisme est des plus urgentes. À l’aube d’une des réformes les plus malfaisantes du quinquennat, celle des retraites, instiller dans l’esprit des salariés que ceux qui prétendent les défendre sont « tous pourris » est évidemment une stratégie qui ne manquera pas de porter ses fruits. Ne disposant plus de cadres collectifs d’action et de défense, ils seront invités à manifester sur les réseaux sociaux, chacun dans son coin, avec le sentiment implacable d’être impuissants. C’est précisément ce dont il s’agit de les convaincre…
- Arabie Saoudite et Russie : deux poids, deux mesures
On se souvient des cris d’orfraie poussés par les gouvernements « occidentaux », l’expulsions des diplomates russes dans tous les pays de l’OTAN à la suite de l’affaire Skripal, autrement dit de la tentative d’assassinat faite à l’encontre d’un agent double russe réfugié en Grande-Bretagne avec un agent neurotoxique, le novitchok. On se souvient aussi combien il était assez ridicule de penser qu’un pays pouvait accepter de voir un de ses cadres du renseignement passer à l’ennemi sans qu’il lui en coûtât un jour. Il n’est en effet pas un service secret dans le monde qui accepte sans broncher de voir un de ses agents lui faire défaut, a fortiori un cadre. Les « opérations homo » commandées de l’Élysée ne visent pas que d’affreux islamistes… Au passage, on rappellera que nulle preuve ne fut produite permettant d’incriminer les services russes et que, de surcroît, Skripal et sa fille se portent bien…
Un de nos meilleurs alliés, cette immense démocratie qu’est l’Arabie Saoudite, vient de se mettre sur le devant de la scène avec l’assassinat et, accessoirement, le découpage, dans les locaux de son consulat d’Istanbul, de Jamal Khashoggi, un journaliste saoudien sympathisant des Frères musulmans réfugié aux USA et collaborateur occasionnel du Washington Post. Ce journaliste avait en effet le mauvais goût de déplaire au despote qui préside aux destinées de son pays, Mohammed ben Salmane, MBS pour les intimes qui, côté jardin permet aux femmes de son pays de prendre le volant et, côté jardin, dispose d’une police politique des plus redoutables et qui, accessoirement, mène une guerre au Yémen dont tous les observateurs soulignent le caractère inhumain par l’étendue des massacres qui y sont commis, la réduction à la plus grande famine de toute une partie de la population. Au regard de ce qui nous occupe, il n’est pas sans intérêt de rappeler que notre pays lui vend des armes de toute nature, lourdes en particulier, dont évidemment il ne fait aucun usage au Yémen… Dans ce domaine, la France n’est pas seule. L’Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni, l’Espagne ne sont pas en reste et les USA viennent de signer un contrat d’armement de 100 milliards de dollars avec l’Arabie Saoudite, contrat qu’il n’est évidemment pas question de rompre… Donald Trump fait mine de menacer, MBS tremble, on l’imagine.
Le parallèle fait ici entre l’affaire Skripal et l’affaire Khashoggi montre à l’envi combien nos médias et nos gouvernants, si prompts à condamner la Russie et stipendier son dirigeant, Vladimir Poutine, peuvent savoir se montrer pusillanimes lorsqu’il s’agit de leurs alliés, en l’espèce l’Arabie Saoudite. Une leçon qu’il convient d’avoir en permanence à l’esprit chaque fois que nos médias nous parlent de la Russie ou de quelque autre État réputé hostile.
France 5 diffusera ce 23 octobre à 20 h 50 un film d’Anne Poiret, « Mon pays fabriques des armes », dont tout laisse à penser qu’il devrait être édifiant quant à l’hypocrisie et la duplicité de nos gouvernants sur ce chapitre des ventes d’armes, toujours couvertes par le « secret défense », autrement dit hors de l’espace démocratique. Le lecteur serait bien avisé de ne pas manquer ce rendez-vous. Il n’est pas si fréquent de voir le service public s’aventurer sur ces terres…
@ suivre…
P.S. : Il avait été promis la semaine dernière de revenir dans ce post sur les élections brésiliennes, le lecteur comprendra que ce n’est que partie remise…
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